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Artistes femmes du street art : pionnières et figures d’aujourd’hui
Artistes femmes du street art : Lady Pink, Miss.Tic, Swoon, Faith47, Shamsia Hassani… leurs œuvres, leurs combats et pourquoi elles restent moins visibles.

L’essentiel
- Les femmes peignent dans la rue depuis les débuts du graffiti : Lady Pink, née en 1964 en Équateur, couvre des rames du métro new-yorkais de 1979 à 1985 et tient un rôle principal dans Wild Style.
- En France, Miss.Tic (1956-2022) pose ses premiers pochoirs à Paris en 1985 ; Miss Van, Fafi et Kashink ont suivi, avec des figures féminines devenues leur signature.
- Swoon, Faith47, MadC, Mona Caron ou l’Afghane Shamsia Hassani peignent aujourd’hui sur plusieurs continents, de la façade de festival à la salle de musée.
- Le street art féministe passe souvent par l’affiche : les Guerrilla Girls depuis 1985, Tatyana Fazlalizadeh depuis 2012, les colleuses contre les féminicides depuis 2019.
- Elles restent moins visibles : pratique nocturne plus risquée, crews majoritairement masculins, histoire écrite surtout au masculin. Musées et chercheurs réévaluent peu à peu leur place.
Sommaire de l’article
- L’essentiel
- Pourquoi les artistes femmes du street art sont-elles moins connues ?
- Les pionnières du graffiti new-yorkais
- Les street artistes femmes en France, de Miss.Tic à Kashink
- Les artistes femmes du street art dans le monde aujourd’hui
- Le street art féministe : quand l’affiche prend la parole
- Le visage de femme, motif du street art
- Où voir le travail des artistes femmes du street art ?
- Questions fréquentes
Les artistes femmes du street art sont là depuis les premiers tags new-yorkais, même si l’histoire les a longtemps laissées dans l’ombre. Lady Pink peint le métro de New York dès 1979, Miss.Tic pose ses pochoirs à Paris dès 1985, et Swoon, Faith47 ou Shamsia Hassani signent aujourd’hui des murs sur tous les continents. Voici les pionnières, les figures d’aujourd’hui, leurs thèmes, et les raisons de leur moindre visibilité.
Pourquoi les artistes femmes du street art sont-elles moins connues ?
Les artistes femmes du street art sont moins connues pour trois raisons principales : les risques de la pratique, des groupes longtemps masculins et une histoire racontée surtout au masculin. Aucune ne tient au talent.
- Les risques : le graffiti illégal se fait la nuit, dans des dépôts, des voies ferrées ou des terrains vagues. Pour une femme, ces lieux ajoutent au risque d’arrestation celui de l’agression.
- Les crews : les groupes de graffeurs qui se forment dans les années 1970 et 1980 sont très majoritairement masculins, et la reconnaissance passe par eux.
- Les archives : livres, documentaires et expositions ont d’abord mis en avant des hommes. Les artistes femmes y apparaissent souvent comme des exceptions.
Le monde de l’art dans son ensemble a le même problème. En 1989, les Guerrilla Girls comptaient moins de 5 % de femmes parmi les artistes des salles d’art moderne du Metropolitan Museum, mais 85 % de femmes parmi les nus. Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’une des grandes mémoires du graffiti new-yorkais est une femme : la photographe Martha Cooper, coautrice en 1984 du livre Subway Art.
Les pionnières du graffiti new-yorkais
Les femmes sont présentes dans le graffiti new-yorkais dès les années 1970, et Lady Pink en est la figure la plus connue. Leur histoire commence au même moment que celle du mouvement, racontée dans notre article sur l’histoire du graffiti.
Lady Pink, la « première dame » du graffiti
Sandra Fabara, dite Lady Pink, est née en 1964 à Ambato, en Équateur, et a grandi dans le Queens. Elle commence à écrire en 1979 et peint des rames de métro jusqu’en 1985, dans un milieu presque entièrement masculin. En 1980, elle participe à l’exposition GAS : Graffiti Art Success à Fashion Moda, dans le Bronx, et tient en 1983 l’un des rôles principaux du film Wild Style.
Ses toiles sont aujourd’hui conservées par le Whitney Museum, le Metropolitan Museum, le Brooklyn Museum et la Tate Modern, selon sa notice Wikipédia (nouvel onglet). Elle est devenue, pour plusieurs générations, la preuve qu’une femme pouvait « tenir » une ligne de métro.
Martha Cooper, la mémoire photographique
Martha Cooper, née en 1943 à Baltimore, est photographe au New York Post dans les années 1970 quand elle commence à suivre les graffeurs. Avec Henry Chalfant, elle publie en 1984 Subway Art, souvent appelé « la bible du graffiti » ; le livre s’était vendu à environ un demi-million d’exemplaires en 2009. Sans ses photos, une grande partie des rames peintes de l’époque aurait disparu sans trace.
Les street artistes femmes en France, de Miss.Tic à Kashink
En France, la pionnière des street artistes femmes est Miss.Tic, suivie dans les années 1990 et 2000 par les Toulousaines Miss Van et Fafi, puis par Kashink. Chacune a créé une figure féminine reconnaissable entre toutes.
Miss.Tic, la poétesse du pochoir
Miss.Tic, de son prénom Radhia, est née à Paris le 20 février 1956, d’un père immigré tunisien. Elle pose ses premiers pochoirs en 1985 à Ménilmontant, Montmartre, dans le Marais et à la Butte-aux-Cailles : une héroïne aux cheveux noirs qui lui ressemble, accompagnée de jeux de mots. Arrêtée en 1997 pour dégradation, elle est condamnée à une amende. Ses œuvres figurent pourtant dans les collections du Victoria and Albert Museum de Londres et du Fonds municipal d’art contemporain de Paris. En 2011, La Poste émet des timbres inspirés de ses pochoirs pour la Journée internationale des femmes.
À sa mort, le 22 mai 2022, la ministre de la Culture salue une œuvre « résolument féministe », rapporte la BBC (nouvel onglet), et le pochoiriste C215 écrit que les murs du 13e arrondissement de Paris, où ses images étaient partout, ne seront plus jamais les mêmes.
Miss Van et Fafi, les Toulousaines
Vanessa Bensimon, dite Miss Van, née à Toulouse en 1973, commence à peindre dans les rues de sa ville au début des années 1990, avec Mademoiselle Kat. Ses premières figures, des « poupées » stylisées, deviennent plus sombres et plus réalistes avec le temps ; elle vit aujourd’hui à Barcelone.
Fabienne Saincry, dite Fafi, née à Toulouse en 1975, peint dans la rue depuis 1994. Ses « Fafinettes », jeunes femmes pulpeuses et pleines d’assurance, ont dépassé les murs : collaborations avec des marques de cosmétiques et de mode, clip de Lily Allen, livres.
Kashink, la moustache militante
Maëva Martinez, dite Kashink, née en 1981 à Alès, vit et peint à Paris. Depuis 2013, elle se dessine une fine moustache au crayon et se présente comme une « femme street artiste militante ». Son projet 50 cakes of gay, lancé en décembre 2012, a semé plus de 300 gâteaux peints contre l’homophobie ; en 2015, Rosa Parks fait le mur s’étend sur environ 500 mètres rue d’Aubervilliers, à Paris.
Les artistes femmes du street art dans le monde aujourd’hui
Aujourd’hui, les artistes femmes du street art travaillent sur tous les continents, du collage poétique à la fresque géante. Le tableau ci-dessous en présente quelques-unes.
| Artiste | Pays | Technique | Repère |
|---|---|---|---|
| Swoon (née en 1977) | États-Unis | Gravures sur bois ou lino, collées | Submerged Motherlands, Brooklyn Museum, 2014 |
| Faith47 (née en 1979) | Afrique du Sud | Fresques | Peint depuis 1997, au Cap puis dans le monde |
| MadC (née en 1980) | Allemagne | Lettrage graffiti | 700-Wall, 700 m² le long de la voie ferrée Berlin-Halle, 2010 |
| Mona Caron | Suisse | Fresques végétales | Série Weeds, de San Francisco à São Paulo |
| Tatyana Fazlalizadeh (née en 1985) | États-Unis | Portraits, affiches collées | Stop Telling Women to Smile, depuis 2012 |
| Bahia Shehab (née en 1977) | Liban, Égypte | Calligraphie, pochoir | Le mot « non » sur les murs du Caire, 2011 |
| Shamsia Hassani (née en 1988) | Afghanistan | Graffiti, fresques | Les murs de Kaboul à partir de 2010 |
Swoon, du collage à la maison
Caledonia Curry, dite Swoon, colle dans les rues du monde entier des portraits gravés sur bois ou sur linoléum, souvent de personnes que personne ne regarde. En 2014, Submerged Motherlands est présentée comme la première exposition du Brooklyn Museum consacrée à une street artiste vivante. En 2015, elle crée la Heliotrope Foundation, qui reconstruit notamment des maisons en Haïti après le séisme de 2010.
Mona Caron, les mauvaises herbes en géant
La muraliste suisse Mona Caron peint, dans sa série Weeds, les plantes sauvages qui poussent dans les fissures du béton, à une échelle inversement proportionnelle à l’attention qu’on leur porte. Ses fresques couvrent des pignons de San Francisco à São Paulo, et jusqu’en Belgique.

Shamsia Hassani et les murs peints de Kaboul
Née à Téhéran en 1988 de parents afghans, Shamsia Hassani étudie les arts à l’université de Kaboul, où elle enseignera ensuite, quand elle découvre le graffiti lors d’un atelier, en décembre 2010. Elle peint alors sur les murs de la ville des femmes en burqa, pour dénoncer l’oppression des Afghanes, et travaille vite pour éviter le harcèlement. Ses fresques sont détruites après le retour des talibans en 2021 ; elle vit désormais aux États-Unis, selon sa notice Wikipédia (nouvel onglet).
D’autres femmes ont peint au Caire en 2011 : leurs messages et ceux de leurs confrères sont replacés dans leur contexte dans notre article sur le graffiti politique et le message social.
Le street art féministe : quand l’affiche prend la parole
Le street art féministe passe surtout par l’affiche et le collage, parce qu’ils se posent vite et se lisent de loin. Trois exemples l’ont rendu célèbre.
Les Guerrilla Girls. Ce collectif new-yorkais naît en 1985, en réaction à une exposition du MoMA qui ne comptait que 13 femmes parmi 169 artistes. Ses membres gardent l’anonymat sous des masques de gorille et prennent les noms d’artistes femmes disparues. En 1989, leur affiche Do Women Have To Be Naked To Get Into the Met. Museum?, refusée comme panneau publicitaire, est diffusée sur les bus de New York, raconte le site des Guerrilla Girls (nouvel onglet). La Tate (nouvel onglet) la conserve aujourd’hui dans sa collection.
Tatyana Fazlalizadeh. En 2012, cette artiste américaine née en 1985 commence à coller dans son quartier de Brooklyn des portraits de femmes accompagnés de phrases tirées de leurs témoignages : Stop Telling Women to Smile. Le projet contre le harcèlement de rue gagne d’autres villes américaines puis le Mexique, et devient un livre en 2020.
Les colleuses. À partir de 2019, des collectifs couvrent les murs de Paris, puis d’autres villes françaises, de lettres noires peintes une à une sur des feuilles A4 blanches, pour dénoncer les féminicides. Le procédé est bon marché, rapide et lisible de loin.
Le visage de femme, motif du street art
Le visage de femme est l’un des motifs les plus forts du street art, et les artistes femmes en ont changé le regard : chez elles, il n’est plus un objet de décor mais un sujet qui parle. L’héroïne brune de Miss.Tic prend la parole avec ses jeux de mots, les Fafinettes affichent leur assurance, les portraits de Tatyana Fazlalizadeh répondent aux passants qui les harcèlent.
Ce motif nourrit aussi la peinture pop, qui détourne depuis longtemps les visages célèbres. Si vous voulez vous essayer au portrait dans cet esprit, notre article sur le portrait pop art en donne les étapes ; la question plus large de la représentation dans l’art est traitée dans art et diversité culturelle.
D’autres figures féminines puissantes peuplent la collection de tableaux pop art, comme Elizabeth II dans Royal Rebellion.
Où voir le travail des artistes femmes du street art ?
Le travail des artistes femmes du street art se voit dans la rue, dans les musées et dans les livres. Quelques pistes concrètes :
- À Paris, le 13e arrondissement garde des images de Miss.Tic, et les murs de Belleville ou de la Butte-aux-Cailles en accueillent d’autres. Les œuvres de rue sont éphémères : renseignez-vous avant de vous déplacer.
- Dans les festivals de fresques, dont nous présentons les grands noms dans l’article sur le muralisme et la fresque murale.
- Au Maroc, les festivals d’art urbain de Rabat et de Casablanca invitent des artistes du monde entier ; notre article sur le street art au Maroc présente ces rendez-vous.
- Dans les livres, à commencer par Subway Art de Martha Cooper et Henry Chalfant.
Dans cet article
Questions fréquentes
Qui est la première femme graffeuse ?
Il est difficile de désigner une seule pionnière, car les premières writers new-yorkaises ont laissé peu de traces. Lady Pink, née Sandra Fabara en 1964, est la plus connue : elle peint des rames de métro dès 1979, tient un rôle principal dans le film Wild Style, et ses œuvres sont entrées dans des collections de musées, dont le Brooklyn Museum.
Quelles sont les artistes femmes du street art les plus connues ?
Parmi les plus citées : Lady Pink et Swoon aux États-Unis, Miss.Tic, Fafi, Miss Van et Kashink en France, Faith47 en Afrique du Sud, MadC en Allemagne, la Suisse Mona Caron, l’Afghane Shamsia Hassani et la Libano-Égyptienne Bahia Shehab. Côté affiche militante, les Guerrilla Girls et Tatyana Fazlalizadeh sont des références.
Qui sont les street artistes femmes en France ?
La pionnière est Miss.Tic, qui pose ses pochoirs à Paris dès 1985 et meurt en 2022. Les Toulousaines Miss Van et Fafi peignent dans la rue depuis les années 1990, avec leurs poupées et leurs Fafinettes. Kashink, installée à Paris, signe des fresques engagées, comme Rosa Parks fait le mur en 2015, et porte une fine moustache dessinée, devenue sa marque.
Qui était Miss.Tic ?
Miss.Tic, de son vrai prénom Radhia, née à Paris en 1956 d’un père tunisien, est une pochoiriste parisienne morte le 22 mai 2022. Depuis 1985, elle peignait sur les murs une héroïne brune qui lui ressemblait, accompagnée de jeux de mots. Arrêtée en 1997 pour dégradation, elle est ensuite entrée dans les collections du Victoria and Albert Museum.
Pourquoi y a-t-il moins de femmes dans le street art ?
Plusieurs raisons se cumulent : le graffiti illégal se pratique la nuit, dans des lieux isolés, avec des risques plus grands pour les femmes ; les crews ont longtemps été très masculins ; et les livres, films et expositions ont d’abord mis en avant des hommes. La situation évolue, mais la visibilité des artistes femmes reste en retrait.
Qu’est-ce que le street art féministe ?
C’est un street art qui dénonce les inégalités entre femmes et hommes ou les violences faites aux femmes. Il passe souvent par l’affiche et le collage, rapides à poser : les posters des Guerrilla Girls contre les musées depuis 1985, les portraits de Tatyana Fazlalizadeh contre le harcèlement de rue depuis 2012, les lettres noires des colleuses contre les féminicides depuis 2019.
Quelles artistes femmes peignent hors d’Europe et des États-Unis ?
Faith47 peint depuis 1997 au Cap, en Afrique du Sud, puis dans le monde entier. Shamsia Hassani, née en 1988, a peint les murs de Kaboul à partir de 2010, avant de quitter l’Afghanistan. Bahia Shehab, artiste libano-égyptienne installée au Caire, a fait du mot « non » un message de protestation sur les murs de la ville en 2011.




