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Street art et pop art : différences, points communs et regard marocain

Quelle différence entre street art et pop art ? Origines, lieux, techniques, rapport au marché : tableau comparatif, artistes passerelles et scène marocaine.

Grand tableau pop art façon collage de stickers de dessins animés, cadre baroque noir
Sticker ManiaMashup explosif · 237 × 137 cm · 6 000 MADVoir l’œuvre

L’essentiel

  • Le pop art est un mouvement de galerie et de musée né à Londres et à New York entre le milieu des années 1950 et les années 1960 ; le street art est une pratique née dans la rue à partir des années 1970 et 1980.
  • Le pop art reproduit les images de la culture de masse sur toile ou en sérigraphie ; le street art investit l’espace public, souvent sans autorisation, à la bombe, au pochoir, à l’affiche collée ou à la mosaïque.
  • Les deux partagent les icônes populaires, les couleurs franches, l’ironie et des techniques de reproduction : le pochoir du graffeur est un cousin de l’écran de sérigraphie.
  • Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, Banksy, Shepard Fairey et KAWS font le pont : Basquiat et Warhol ont peint environ 160 toiles ensemble en 1984-1985.
  • Au Maroc, le festival Jidar, lancé à Rabat en 2015, a fait entrer le street art au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain dès sa première édition.
Sommaire de l’article
  1. L’essentiel
  2. Street art et pop art : deux définitions
  3. Le tableau comparatif
  4. Quelles différences entre street art et pop art ?
  5. Les points communs entre street art et pop art
  6. Les artistes qui font le pont
  7. Street art et pop art au Maroc
  8. Street art ou pop art : que choisir pour un intérieur ?
  9. Questions fréquentes

La différence entre street art et pop art tient d’abord au lieu et à l’époque. Le pop art est un mouvement de galerie et de musée, né à Londres et à New York entre le milieu des années 1950 et les années 1960, qui reproduit les images de la culture de masse. Le street art est une pratique née dans la rue à partir des années 1970 et 1980, souvent sans autorisation, qui fait de la ville son support. Ils partagent pourtant le goût des icônes, des couleurs franches et de l’ironie, et plusieurs artistes, de Keith Haring à Banksy, ont circulé de l’un à l’autre.

Street art et pop art : deux définitions

Le pop art est un mouvement artistique historique, le street art une pratique toujours en cours. Les comparer, c’est comparer un courant daté à une façon de travailler.

Le pop art apparaît à Londres au milieu des années 1950, puis s’impose à New York en 1962 avec Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Il prend pour sujet la publicité, les emballages, les comics et les stars, et les reproduit avec des procédés d’imprimerie, sur des toiles destinées aux galeries et aux musées. Notre article sur la définition et l’histoire du pop art en raconte les étapes.

Le street art, ou art urbain, désigne les œuvres réalisées dans l’espace public. Selon le glossaire de la Tate (nouvel onglet), il est proche du graffiti, puisqu’il est créé dans des lieux publics et généralement sans autorisation, mais il utilise une plus grande variété de médiums et se rapproche davantage du graphisme : pochoirs, affiches collées, autocollants, dessins à main levée, projections. Il descend du graffiti new-yorkais des années 1970, dont notre article sur l’histoire du graffiti retrace l’essor, et ses enjeux pour les jeunes générations sont détaillés dans l’art urbain et les jeunes.

Le tableau comparatif

Le tableau ci-dessous résume les différences entre street art et pop art, critère par critère.

Pop art Street art
Époque Milieu des années 1950 à 1970 Depuis les années 1970-1980, toujours actif
Lieu d’origine Londres, New York Rues et métro de New York, puis toutes les grandes villes
Support Toile, sérigraphie, sculpture, en galerie et au musée Murs, trains, mobilier urbain, affiches, puis toile
Statut Œuvre exposée et vendue Souvent sans autorisation ; fresques commandées en festival
Techniques Sérigraphie, peinture en aplats, collage, points Benday Bombe, pochoir, affiche collée, autocollant, mosaïque
Sujets Marques, produits, stars, comics Messages, signatures, personnages, icônes détournées
Durée de vie Conservée dans les collections Souvent éphémère : effacée, recouverte, abîmée
Rapport au marché Assumé, ambigu D’abord hors marché, aujourd’hui très coté
Figures Warhol, Lichtenstein, Hamilton, Oldenburg Haring, Basquiat, Banksy, Invader, Shepard Fairey

Quelles différences entre street art et pop art ?

Les différences entre street art et pop art tiennent à quatre choses : le lieu, la loi, le marché et le geste.

Le lieu : la galerie ou la rue

Le pop art est pensé pour être exposé. Même quand il parle de supermarchés, il se montre chez un galeriste comme Leo Castelli ou au MoMA. Le street art, lui, est pensé pour être vu par des passants qui ne l’ont pas cherché, dans le métro, sur un mur aveugle, sur un rideau de fer. Le contexte fait partie de l’œuvre : une fresque change de sens selon le quartier où elle est peinte.

Portes d’une rame de métro new-yorkais couvertes de tags et de lettrages à la bombe
Une rame du métro de New York couverte de graffitis en 1973, quand les wagons devenaient des « toiles mobiles ».Dan McCoy, domaine public, via Wikimedia Commons

La loi et l’éphémère

Pourquoi le street art est-il souvent illégal ? Parce que peindre ou coller sur un mur sans l’accord de son propriétaire est considéré, dans la plupart des pays, comme une dégradation, quelle que soit la qualité de l’œuvre. Le street art légal existe, sous forme de fresques commandées par une ville, un festival ou un propriétaire. Mais la part d’illégalité a forgé la culture du mouvement : rapidité d’exécution, anonymat, pseudonymes.

Elle explique aussi sa fragilité. Une œuvre de rue peut être effacée par les services de nettoyage, recouverte par un autre graffeur ou abîmée par le soleil. Les œuvres pop, elles, sont conservées et restaurées dans les musées.

Le marché

Le pop art a assumé le marché, avec ambiguïté : dans les années 1970, la Factory de Warhol était devenue une entreprise à part entière. Le street art est né hors du marché, souvent contre lui. Le paradoxe est qu’il y est entré par la grande porte : en 2018, une Girl with Balloon de Banksy s’est en partie déchiquetée, grâce à un mécanisme caché dans son cadre, juste après son adjudication chez Sotheby’s à Londres ; rebaptisée Love Is in the Bin, elle a été revendue en 2021 pour 18,58 millions de livres, un record pour l’artiste.

Le geste et la technique

Le pop art efface la main de l’artiste : sérigraphie, aplats, points imprimés. Le street art garde la trace du geste rapide : le tag, la coulure, la bombe. Mais la frontière est poreuse, car le pochoir, outil de base de nombreux street artistes, repose sur le même principe que la sérigraphie : une forme découpée qui laisse passer la peinture.

Les points communs entre street art et pop art

Malgré leurs différences, street art et pop art partagent un même projet : faire entrer dans l’art les images que tout le monde connaît.

  • Les icônes populaires : stars, logos, personnages de dessins animés, détournés dans les deux cas.
  • Les couleurs franches et les formes lisibles de loin, héritées de l’affiche et de la publicité.
  • La reproductibilité : sérigraphie d’un côté, pochoir, affiche et autocollant de l’autre, qui permettent de multiplier une image.
  • L’accessibilité : le pop art voulait un art pour tous, le street art l’offre gratuitement dans la rue.
  • L’ironie et un regard critique, plus ou moins appuyé, sur la société de consommation. Le street art est souvent plus militant, comme le montre notre article sur le graffiti politique et son message social.

Les artistes qui font le pont

Plusieurs artistes appartiennent aux deux histoires à la fois. Ce sont eux qui expliquent pourquoi on rapproche si souvent street art et pop art.

Keith Haring, du métro à sa boutique pop

Keith Haring (1958-1990) est l’exemple parfait. De 1980 à 1985, il dessine à la craie blanche sur les panneaux publicitaires inutilisés, recouverts de papier noir, du métro new-yorkais, parfois une quarantaine en une journée. Selon la fondation qui porte son nom (nouvel onglet), il était inspiré par la façon dont Warhol fondait l’art et la vie. En avril 1986, il ouvre à SoHo le Pop Shop, une boutique de t-shirts, badges et affiches à ses motifs, soutenue par Warhol malgré les critiques. Il peint aussi des dizaines de fresques à visée sociale, comme Crack is Wack (1986) à New York.

Basquiat et Warhol, à quatre mains

Jean-Michel Basquiat (1960-1988) commence en 1978 par des graffitis signés SAMO, des phrases énigmatiques écrites à la bombe dans le sud de Manhattan avec son ami Al Diaz. Quelques années plus tard, il collabore avec le maître du pop : en 1984 et 1985, Basquiat et Warhol réalisent ensemble environ 160 toiles, selon la Fondation Louis Vuitton (nouvel onglet), qui leur a consacré une exposition en 2023. Le graffiti et le pop s’y mêlent sur la même toile.

Banksy, le pop en pochoir

Banksy, actif depuis les années 1990 et passé au pochoir vers 2000, emprunte constamment au pop. Il a réalisé une série de sérigraphies de Kate Moss à la manière des Marilyn de Warhol, vendue aux enchères dès 2006. En mars 2005, il accroche clandestinement ses propres œuvres détournées au MoMA, au Metropolitan Museum, au Brooklyn Museum et au Muséum américain d’histoire naturelle de New York. Le pied de nez au musée est une idée de street artist ; le jeu avec les icônes est une idée pop.

Fairey, KAWS et Invader : affiches, figurines et mosaïques

Shepard Fairey commence en 1989 par des autocollants « Andre the Giant Has a Posse », devenus OBEY, avant de signer en 2008 l’affiche Hope de Barack Obama, très proche de la sérigraphie pop. KAWS détourne dans les années 1990 les affiches des abribus new-yorkais, puis crée ses figurines de collection. Le Français Invader colle depuis les années 1990 des mosaïques de carreaux inspirées des jeux vidéo, à commencer par les extraterrestres de Space Invaders. Pour cette génération, notre article sur le pop art contemporain prolonge le portrait.

Street art et pop art au Maroc

Au Maroc, street art et pop art se rencontrent surtout depuis les années 2010, dans les festivals et jusqu’au musée. Le terrain avait été préparé dès 1978 par le moussem culturel d’Asilah et ses fresques, lancé par Mohamed Melehi et Mohamed Benaïssa.

À Casablanca, le festival Sbagha Bagha, lancé en 2013 en marge du festival L’Boulevard, a invité graffeurs et muralistes à peindre les murs de la ville. À Rabat, la première édition de Jidar, du 15 au 24 mai 2015, coorganisée par l’association EAC-L’Boulvart et la Fondation nationale des musées, a fait entrer le street art au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain avec l’exposition « Main Street ». Selon le reportage de Le360 consacré à cette édition (nouvel onglet), l’Américain Ron English, inventeur du terme « POPaganda » pour son mélange de culture savante et populaire, y côtoyait des artistes marocains comme Simo Mouhim, Kalamour ou Rebel Spirit, et le pochoiriste français C215 devait y réaliser une installation permanente.

Côté pop, la figure marocaine de référence est le photographe Hassan Hajjaj, dont les portraits encadrés de boîtes de conserve sont aussi sortis dans la rue : l’un d’eux, une femme en niqab imprimé de logos Louis Vuitton, a été collé en grand format sur une façade de Londres. Pour aller plus loin, voyez le street art au Maroc, de Jidar aux murs de Casablanca, et le pop art au Maroc, de l’école de Casablanca à Hajjaj. Les muralistes marocains ont aussi leur place dans notre article sur le muralisme et la fresque murale.

Street art ou pop art : que choisir pour un intérieur ?

Pour un intérieur, la question se pose rarement en ces termes : la plupart des tableaux « street art pop art » mêlent les deux. Les icônes, les couleurs franches et les logos viennent du pop ; les tags, les coulures, les éclaboussures et les autocollants viennent de la rue.

C’est le parti pris des tableaux de Venus Pop. Royal Rebellion installe Elizabeth II parmi des références à Campbell’s et à Absolut Vodka, deux marques passées par Warhol, sur fond de graffitis. Mona Lisa Rockstar couronne la Joconde « Pop Art Queen » entre graffitis et néons. Chimp Monkey Rebel joue les éclaboussures façon splash art. Ce sont des tirages uniques sur toile, dans un cadre baroque noir en bois massif fait main au Maroc, et non des peintures originales.

Toutes les œuvres sont réunies dans la collection de tableaux pop art, et tous nos articles sur l’art de la rue dans la rubrique street art.

Dans cet article

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le street art et le pop art ?

Le pop art est un mouvement artistique des années 1950-1960, né à Londres et à New York, qui reprend les images de la publicité, des comics et des stars sur des toiles destinées aux galeries et aux musées. Le street art est une pratique plus récente, née dans la rue à partir des années 1970-1980, qui investit l’espace public, souvent sans autorisation, avec la bombe, le pochoir, l’affiche ou la mosaïque. Le premier vise le musée, le second la ville.

Le street art est-il un descendant du pop art ?

En partie. Le street art est d’abord issu du graffiti new-yorkais des années 1970, qui n’a rien à voir avec les galeries. Mais beaucoup de street artistes ont puisé dans le pop art : ses icônes, ses couleurs, ses techniques de reproduction et son humour. Keith Haring se disait inspiré par Warhol, Banksy a pastiché ses Marilyn, et Shepard Fairey a fait de la sérigraphie pop une arme d’affichage.

Avec quel artiste pop Jean-Michel Basquiat a-t-il collaboré ?

Avec Andy Warhol. En 1984 et 1985, Basquiat et Warhol ont réalisé ensemble environ 160 toiles « à quatre mains », d’abord avec le peintre italien Francesco Clemente, à l’initiative de leur galeriste Bruno Bischofberger, puis à deux. La Fondation Louis Vuitton, à Paris, leur a consacré en 2023 l’exposition « Basquiat × Warhol, à quatre mains », avec plus de trois cents œuvres et documents.

Keith Haring, c’est du street art ou du pop art ?

Les deux, à des titres différents. Par sa pratique, Haring est un pionnier du street art : de 1980 à 1985, il dessine à la craie sur les panneaux publicitaires vides du métro de New York. Par son langage, il est un héritier du pop art : des figures simples reconnaissables par tous, l’admiration de Warhol et le Pop Shop, boutique ouverte en 1986 pour vendre ses images à petit prix.

Banksy fait-il du pop art ?

Banksy est un street artist, mais il emprunte souvent au pop art. Il a réalisé une série de sérigraphies de Kate Moss à la manière des Marilyn de Warhol, vendue aux enchères à Londres en 2006. En 2005, il avait accroché clandestinement ses propres œuvres détournées dans plusieurs musées new-yorkais, dont le MoMA. Son humour noir et ses images faciles à reproduire doivent beaucoup au pop.

Pourquoi le street art est-il souvent illégal ?

Parce que peindre ou coller une œuvre sur un mur sans l’accord de son propriétaire est considéré, dans la plupart des pays, comme une dégradation du bien d’autrui, quelle que soit la qualité de l’œuvre. Le street art légal existe : fresques commandées par une ville, un festival ou un propriétaire, murs autorisés. Les grandes fresques des festivals marocains comme Jidar, à Rabat, sont ainsi réalisées avec autorisation.

Quel artiste de street art est connu pour ses mosaïques ?

C’est Invader, artiste français anonyme né à Paris en 1969. Depuis les années 1990, il colle sur les murs des grandes villes du monde des mosaïques de carreaux de céramique inspirées des jeux vidéo des années 1970-1980, à commencer par les extraterrestres de Space Invaders, d’où son nom. Son travail illustre bien le croisement entre street art et culture pop.

Sources

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L’atelier Venus Pop

Le Journal est écrit par l’atelier Venus Pop, qui sélectionne des tableaux pop art en tirage unique et les monte dans des cadres baroques faits main au Maroc. Chaque article cite ses sources et est relu à chaque mise à jour.

Sommaire

  1. L’essentiel
  2. Street art et pop art : deux définitions
  3. Le tableau comparatif
  4. Quelles différences entre street art et pop art ?
  5. Les points communs entre street art et pop art
  6. Les artistes qui font le pont
  7. Street art et pop art au Maroc
  8. Street art ou pop art : que choisir pour un intérieur ?
  9. Questions fréquentes

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