Le JournalStreet art10 min de lecture

Fresque murale et muralisme : de Diego Rivera aux festivals d’aujourd’hui

Fresque murale et muralisme : définitions, muralisme mexicain de Rivera, Orozco et Siqueiros, fresques contemporaines, festivals et exemples au Maroc.

Tableau des trois singes de la sagesse en casquettes, cadre baroque noir
Les 3 singes de la sagessePop Wisdom · 216 × 137 cm · 6 000 MADVoir l’œuvre

L’essentiel

  • Au sens strict, une fresque est une peinture appliquée sur un enduit de chaux encore frais ; au sens courant, une fresque murale désigne toute grande peinture réalisée directement sur un mur.
  • Le muralisme est un mouvement né au Mexique après la Révolution de 1910-1920 : l’État y commande de grandes peintures murales pour raconter l’histoire du pays dans les bâtiments publics.
  • Ses trois figures majeures, Diego Rivera (1886-1957), José Clemente Orozco (1883-1949) et David Alfaro Siqueiros (1896-1974), ont aussi peint aux États-Unis et marqué les artistes américains.
  • Depuis les années 2010, des festivals comme MURAL à Montréal, lancé en 2013, ont fait de la fresque murale l’une des formes les plus visibles de l’art urbain.
  • Au Maroc, le Moussem d’Asilah, cofondé en 1978 par le peintre Mohamed Melehi, fait repeindre chaque année des murs de la médina par des artistes invités.
Sommaire de l’article
  1. L’essentiel
  2. Qu’est-ce qu’une fresque murale ?
  3. Qu’est-ce que le muralisme mexicain ?
  4. La fresque murale contemporaine : de Lyon à Montréal
  5. Fresque murale au Maroc : d’Asilah à Rabat
  6. Comment est réalisée une fresque murale ?
  7. Une fresque murale dans son salon : quelles options ?
  8. Questions fréquentes

Une fresque murale est une grande peinture réalisée directement sur un mur, à l’échelle d’une salle ou d’une façade. Le muralisme, lui, est le mouvement né au Mexique dans les années 1920, qui a fait de ces peintures un art public destiné à tous. De Diego Rivera aux festivals de Montréal et de Rabat, en passant par les murs d’Asilah, voici les définitions utiles, les grands muralistes et les exemples à connaître.

Qu’est-ce qu’une fresque murale ?

Une fresque murale est, au sens courant, toute grande peinture faite directement sur un mur. Au sens technique, la fresque est une méthode précise : le Larousse (nouvel onglet) la définit comme l’application, sur un enduit frais, de pigments délayés à l’eau. Le mot vient de l’italien fresco, « frais ».

En séchant, l’enduit de chaux emprisonne les pigments : la couleur fait corps avec le mur, ce qui explique la longévité des fresques anciennes. Le peintre doit travailler vite, par zones qu’il peut terminer avant que l’enduit ne prenne. Peindre sur un enduit déjà sec s’appelle la peinture a secco, moins durable.

Aujourd’hui, la plupart des fresques murales sont peintes à l’acrylique, aux peintures minérales ou à la bombe, sur des murs extérieurs. Le mot fresque est resté, même si la technique a changé.

Fresque, peinture murale, muralisme : quelles différences ?

Ces mots se recoupent, mais ne disent pas la même chose. Le tableau ci-dessous les distingue.

Terme Définition Exemple
Fresque Technique de peinture sur enduit de chaux frais ; par extension, grande peinture murale Les fresques d’Orozco à l’Hospice Cabañas, Guadalajara
Peinture murale Toute peinture réalisée sur un mur, quelle que soit la technique Une façade peinte à l’acrylique lors d’un festival
Art mural Ensemble des œuvres conçues pour un mur : peinture, mosaïque, relief Mosaïques, fresques, trompe-l’œil
Muralisme Mouvement artistique mexicain du XXe siècle L’Histoire du Mexique de Diego Rivera
Muraliste Artiste qui peint des murs, souvent sur commande Un peintre de fresques de festival

La fresque murale se distingue aussi du graffiti : elle est en général commandée, autorisée et préparée, quand le graffiti est spontané. La frontière s’est brouillée depuis que des graffeurs peignent des façades entières, une évolution racontée dans notre article sur l’histoire du graffiti.

Exemples de fresques murales célèbres

Quelques fresques murales permettent de suivre l’histoire du genre, de la villa romaine à l’immeuble contemporain.

  • Pompéi, villa des Mystères : des scènes rituelles peintes au Ier siècle avant notre ère, conservées sous les cendres du Vésuve.
  • Padoue, chapelle des Scrovegni : le cycle de Giotto sur la vie de la Vierge et du Christ, achevé vers 1305.
  • Rome, chapelle Sixtine : la voûte peinte à fresque par Michel-Ange de 1508 à 1512.
  • Guadalajara, Hospice Cabañas : le cycle d’Orozco, peint à la fin des années 1930, et son Homme de feu dans la coupole.
  • Le Caire, Perception : en 2016, eL Seed peint une calligraphie arabe qui se lit sur près de 50 immeubles du quartier de Manshiyat Nasr, depuis une colline voisine.

Qu’est-ce que le muralisme mexicain ?

Le muralisme mexicain est un mouvement artistique né après la Révolution mexicaine de 1910-1920, qui confie aux peintres les murs des bâtiments publics pour raconter l’histoire du pays au plus grand nombre. Le Larousse (nouvel onglet) le définit comme le courant artistique mexicain du XXe siècle caractérisé par l’exécution de grandes peintures murales.

Au début des années 1920, le nouveau gouvernement veut reconstruire une identité nationale. José Vasconcelos, à la tête de l’Éducation publique, commande des peintures pour les écoles et les ministères. En 1922, Diego Rivera commence La Création dans l’amphithéâtre de l’École nationale préparatoire, à Mexico : c’est sa première fresque commandée par l’État. Dans la foulée, les muralistes fondent un syndicat d’artistes et publient un manifeste en faveur d’un art public et monumental.

Les sujets sont nouveaux pour la peinture officielle : les peuples autochtones, la conquête espagnole vue du côté des vaincus, les paysans, les ouvriers, la révolution elle-même. Le mouvement est surtout actif des années 1920 aux années 1950.

Rivera, Orozco, Siqueiros : les « trois grands » du muralisme

Trois peintres dominent le muralisme mexicain, chacun avec un style et un tempérament propres.

  • Diego Rivera (1886-1957) peint de 1929 à 1935 l’Histoire du Mexique dans l’escalier du Palais national. Aux États-Unis, il réalise en 1932-1933 les 27 panneaux des Detroit Industry Murals. À New York, sa fresque du Rockefeller Center est arrêtée le 10 mai 1933 à cause d’un portrait de Lénine, puis détruite en février 1934 ; il la repeint à Mexico, au Palais des beaux-arts, sous le titre L’Homme contrôleur de l’univers.
  • José Clemente Orozco (1883-1949) a le pinceau le plus sombre. Son chef-d’œuvre couvre la chapelle de l’Hospice Cabañas, à Guadalajara, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO (nouvel onglet) en 1997 : l’organisation y voit l’un des chefs-d’œuvre de la peinture murale mexicaine.
  • David Alfaro Siqueiros (1896-1974) est le plus expérimental. En 1932, à Los Angeles, il peint América Tropical, une charge contre l’impérialisme américain, recouverte puis blanchie avant d’être restaurée et rendue au public en 2012. En 1936, il anime à New York un atelier où le jeune Jackson Pollock s’initie aux techniques de coulure. Sa dernière grande œuvre, La Marche de l’humanité, est achevée en 1971 au Polyforum de Mexico.
Coupole peinte à fresque avec au centre un homme en flammes, entourée de figures
« L’Homme de feu », fresque de José Clemente Orozco (1938-1939) dans la coupole de l’Hospicio Cabañas à Guadalajara.Carlos Alonso Caballero Vallejo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les femmes ont aussi peint des murs, même si l’histoire les a moins retenues. Aurora Reyes (1908-1985), considérée comme la première muraliste mexicaine, peint en 1936 Attentat contre les instituteurs ruraux au Centro Escolar Revolución, à Mexico. Leurs héritières du XXIe siècle sont présentées dans notre article sur les artistes femmes du street art.

Comment le muralisme a-t-il influencé les États-Unis ?

Le muralisme a profondément marqué l’art américain des années 1920 à 1940. L’exposition Vida Americana, présentée en 2020-2021 au Whitney Museum (nouvel onglet), a réuni près de 200 œuvres de plus de soixante artistes mexicains et américains pour le montrer : les trois grands ont longuement travaillé aux États-Unis, et leur exemple a poussé les Américains à peindre leur histoire et à dénoncer les injustices sociales.

Dans les années 1930, le programme fédéral de la Works Progress Administration emploie des artistes pour peindre des murs publics. Plus tard, les communautés afro-américaines et chicanos reprennent le flambeau : le Wall of Respect à Chicago en 1967, les fresques de Chicano Park à San Diego, la Grande Muraille de Los Angeles de Judith Baca, commencée en 1976. Le mur peint y devient un outil d’affirmation, une dimension politique développée dans notre article sur le graffiti politique et le message social.

Au Mexique même, le muralisme s’inscrit dans l’architecture. Le campus central de la cité universitaire de l’UNAM, à Mexico, inscrit au patrimoine mondial en 2007 (nouvel onglet), est l’œuvre collective de plus de 60 architectes, ingénieurs et artistes, avec des façades peintes et des mosaïques monumentales.

La fresque murale contemporaine : de Lyon à Montréal

La fresque murale contemporaine est née de la rencontre entre la tradition du mur peint et la culture du graffiti : elle est commandée, autorisée, mais peinte par des artistes souvent venus de la rue.

En France, Lyon est devenue une référence du mur peint. La coopérative CitéCréation, fondée en 1983 à Oullins par des peintres issus de l’atelier Popul’Art, signe en 1987 le Mur des Canuts, à la Croix-Rousse : plus de 1 200 m² en trompe-l’œil, actualisés en 1997 et en 2013. La coopérative revendique plus de 650 murs peints dans le monde.

Depuis les années 2010, les festivals ont pris le relais. À Montréal, MURAL réunit des artistes du monde entier sur le boulevard Saint-Laurent depuis sa première édition, en juin 2013 ; l’édition 2018 a attiré plus de 1,5 million de visiteurs. Des noms reviennent d’une ville à l’autre : les jumeaux brésiliens Os Gêmeos, le Brésilien Eduardo Kobra et ses portraits multicolores, la Sud-Africaine Faith47.

Fresque murale au Maroc : d’Asilah à Rabat

Le Maroc a une tradition de fresque murale contemporaine plus ancienne qu’on ne le croit : depuis 1978, la médina d’Asilah est repeinte chaque année par des artistes invités. Le Moussem culturel international d’Asilah, cofondé par le peintre Mohamed Melehi et Mohamed Benaïssa, organise des ateliers de peinture murale et les maisons de la médina reçoivent de nouvelles fresques à chaque édition, rappelle l’article Asilah de Wikipédia (nouvel onglet).

Mohamed Melehi (1936-2020), né à Asilah, est l’une des figures de l’École de Casablanca. En 1969, avec ses collègues, il expose ses œuvres en plein air sur la place Jemaa el-Fna, à Marrakech, lors de l’exposition Présence plastique : une façon de sortir l’art des galeries, dans le même esprit que les muralistes. Son parcours est présenté dans notre article sur les artistes marocains contemporains.

Aujourd’hui, Rabat, Casablanca et Marrakech accueillent des fresques de très grand format, souvent dans le cadre de festivals d’art urbain. Notre article sur le street art au Maroc présente ces lieux et leurs artistes.

Comment est réalisée une fresque murale ?

Une fresque murale se réalise en cinq étapes, de la préparation du mur à la protection finale. La méthode varie selon l’artiste, mais la logique reste la même.

  1. Préparer le support : nettoyer le mur, reboucher les fissures, appliquer une sous-couche adaptée au matériau.
  2. Concevoir la maquette : un dessin ou une image numérique à l’échelle, validé avec le commanditaire.
  3. Reporter le dessin : par quadrillage, par projection nocturne ou ou par des repères griffonnés sur le mur puis photographiés, méthode répandue chez les muralistes de festival.
  4. Peindre : peintures acryliques ou minérales pour l’extérieur, bombes aérosol pour les détails, rouleaux pour les aplats, souvent depuis une nacelle.
  5. Protéger : un vernis peut limiter l’effet des UV et faciliter l’effacement des tags.

La fresque a fresco traditionnelle reste pratiquée pour la restauration et par quelques artistes, mais elle exige un enduit de chaux et une exécution par zones, impossible à interrompre.

Muraliste : un métier à part entière

Le muraliste est un artiste qui vit de commandes : une ville qui veut transformer un pignon aveugle, un bailleur qui rénove une cité, une entreprise, un hôtel ou un particulier, sans oublier les festivals. Beaucoup viennent du graffiti, d’autres des beaux-arts ou de l’illustration. Au-delà du dessin, le métier demande de savoir dialoguer avec un commanditaire et des habitants, de lire un mur, de choisir des peintures adaptées au climat et de travailler en sécurité en hauteur. Une fresque réussie tient autant à cette préparation qu’au talent du peintre.

Une fresque murale dans son salon : quelles options ?

Pour avoir l’effet d’une fresque murale chez soi, trois solutions existent : commander une peinture murale à un artiste, poser un papier peint panoramique ou accrocher un très grand tableau. La fresque peinte est unique, mais elle reste attachée au mur et au logement. Le grand format encadré se déplace et se réaccroche ailleurs.

Les grands formats horizontaux de la collection de tableaux pop art, comme Chimp Monkey Rebel, mesurent jusqu’à 237 × 137 cm cadre compris. Ce sont des tirages uniques sur toile ArtFab Prints, montés dans un cadre baroque noir en bois massif fait main au Maroc.

Dans cet article

Questions fréquentes

C’est quoi une fresque murale ?

C’est une peinture réalisée directement sur un mur, souvent de grande taille. Au sens technique, la fresque désigne une méthode précise : des pigments délayés à l’eau posés sur un enduit de chaux encore frais, qui les fixe en séchant. Dans l’usage courant, on parle de fresque murale pour toute grande peinture sur un mur, à l’acrylique, à la bombe ou aux peintures minérales.

Quelle est la différence entre une fresque et une peinture murale ?

La peinture murale est la catégorie générale : toute peinture faite sur un mur, quelle que soit la technique. La fresque, au sens strict, en est une technique particulière, sur enduit frais, utilisée de l’Antiquité à la Renaissance puis par les muralistes mexicains. Par extension, le mot fresque désigne aussi aujourd’hui n’importe quelle grande peinture murale.

C’est quoi le muralisme mexicain ?

Le muralisme mexicain est un mouvement artistique du XXe siècle, né après la Révolution mexicaine de 1910-1920. Le gouvernement commande à des peintres de grandes peintures murales dans les écoles, palais et ministères pour raconter l’histoire du Mexique, ses peuples autochtones et ses travailleurs. Le mouvement est surtout actif des années 1920 aux années 1950.

Quels sont les muralistes mexicains les plus connus ?

Les « trois grands » sont Diego Rivera (1886-1957), auteur de l’Histoire du Mexique au Palais national ; José Clemente Orozco (1883-1949), qui a peint la chapelle de l’Hospice Cabañas à Guadalajara ; et David Alfaro Siqueiros (1896-1974), auteur de La Marche de l’humanité au Polyforum de Mexico. Aurora Reyes est considérée comme la première femme muraliste du Mexique.

Qu’est-ce qu’un muraliste ?

Un muraliste est un artiste qui peint sur des murs, le plus souvent dans le cadre d’une commande publique ou privée. Le mot désigne d’abord les peintres du muralisme mexicain, puis, par extension, tous les peintres de fresques murales. Le métier demande de savoir agrandir une maquette, préparer un support et travailler en hauteur, souvent sur nacelle.

Où voir des fresques murales au Maroc ?

À Asilah, les murs de la médina sont repeints chaque année par des artistes invités pendant le Moussem culturel, créé en 1978. Rabat, Casablanca et Marrakech accueillent aussi des fresques de grand format, souvent liées à des festivals d’art urbain. Dans les villes, les façades d’immeubles en offrent la plupart, à voir à pied.

Comment est réalisée une fresque murale extérieure ?

Le mur est d’abord nettoyé et préparé, puis l’artiste reporte sa maquette à l’échelle, par quadrillage ou par projection. Il peint ensuite avec des produits faits pour l’extérieur, peintures acryliques ou minérales et bombes aérosol, souvent depuis une nacelle. Un vernis de protection peut être appliqué pour limiter l’effet des UV et faciliter le nettoyage.

Sources

Partager

L’atelier Venus Pop

Le Journal est écrit par l’atelier Venus Pop, qui sélectionne des tableaux pop art en tirage unique et les monte dans des cadres baroques faits main au Maroc. Chaque article cite ses sources et est relu à chaque mise à jour.

Sommaire

  1. L’essentiel
  2. Qu’est-ce qu’une fresque murale ?
  3. Qu’est-ce que le muralisme mexicain ?
  4. La fresque murale contemporaine : de Lyon à Montréal
  5. Fresque murale au Maroc : d’Asilah à Rabat
  6. Comment est réalisée une fresque murale ?
  7. Une fresque murale dans son salon : quelles options ?
  8. Questions fréquentes

Du conseil à l’accrochage.

9 tirages uniques, de 96 × 127 à 237 × 137 cm, cadre baroque noir compris. Livraison offerte en 48 h partout au Maroc.