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Pop art au Maroc : de l’école de Casablanca à Hassan Hajjaj

Le pop art au Maroc, de l’école de Casablanca à Hassan Hajjaj : ce que l’art marocain a pris au pop, ses artistes, ses œuvres repères et où les voir.

Tableau pop art Tommy Shelby dans un cadre baroque noir
Tommy ShelbyBe Your Own Boss · 137 × 177 cm · 5 000 MADVoir l’œuvre

L’essentiel

  • Le Maroc n’a pas eu de mouvement pop art dans les années 1960 : son avant-garde, l’école de Casablanca, a choisi l’abstraction et les arts populaires plutôt que la publicité et les comics.
  • Cette avant-garde partage pourtant avec le pop art la volonté de sortir l’art du musée : exposition en plein air sur la place Jemaa el-Fna en 1969, fresques d’Asilah à partir de 1978.
  • Le pop marocain s’affirme avec Hassan Hajjaj, né à Larache en 1961 et surnommé « l’Andy Warhol de Marrakech », dont les portraits sont encadrés de boîtes de conserve et de logos détournés.
  • Une génération de photographes et de vidéastes, comme Mous Lamrabat et Meriem Bennani, mêle aujourd’hui codes marocains, marques mondiales et culture d’Internet.
  • Pour voir cet art au Maroc : le MMVI à Rabat, le MACAAL et le Musée Yves Saint Laurent à Marrakech, la foire 1-54 Marrakech et les murs d’Asilah.
Sommaire de l’article
  1. L’essentiel
  2. Existe-t-il un pop art marocain ?
  3. Les années 1960 : l’école de Casablanca, une avant-garde parallèle
  4. Hassan Hajjaj, figure du pop art marocain
  5. Ce qui rend le pop marocain reconnaissable
  6. La relève : photographie, vidéo et culture d’Internet
  7. Pop art et street art sur les murs marocains
  8. Repères : pop art et art moderne au Maroc
  9. Où voir l’art pop et moderne au Maroc
  10. Le pop art chez vous, au Maroc
  11. Questions fréquentes

Le pop art au Maroc ne s’est pas construit comme à Londres ou à New York. Dans les années 1960, l’avant-garde marocaine, l’école de Casablanca, a préféré l’abstraction et les arts populaires du pays à la publicité et aux comics. L’esprit pop arrive plus tard, avec Hassan Hajjaj, né à Larache en 1961 et surnommé « l’Andy Warhol de Marrakech », puis avec une génération de photographes et de vidéastes qui mêlent caftans, marques mondiales et culture d’Internet. Voici cette histoire, ses artistes et les lieux où la voir.

Existe-t-il un pop art marocain ?

Il n’existe pas de mouvement pop art marocain au sens historique, mais il existe bien un pop marocain, apparu à partir des années 1990. La nuance tient à un mot : « populaire ».

Le pop art des années 1960 puise dans la culture populaire de masse : publicité, produits de supermarché, stars, bandes dessinées. L’avant-garde marocaine de la même époque se tourne, elle, vers les arts populaires au sens des traditions : tapis, bijoux, céramique, motifs amazighs, calligraphie. Les deux démarches partagent pourtant une ambition : sortir l’art des salons officiels et le rapprocher de la vie quotidienne.

Le pop au sens strict, celui qui détourne des logos et des emballages, s’impose ensuite par la photographie, la mode et la vidéo. Pour situer ces artistes dans l’ensemble de la scène, notre article sur les artistes marocains contemporains dresse un panorama plus large.

Les années 1960 : l’école de Casablanca, une avant-garde parallèle

L’école de Casablanca est le nom donné aux artistes-enseignants qui transforment l’école des beaux-arts de Casablanca après l’indépendance. Farid Belkahia la dirige de 1962 à 1974 ; il recrute Mohamed Melehi en 1964 et Mohammed Chabâa en 1966. Ensemble, ils rompent avec l’enseignement académique hérité de la période coloniale et regardent le Bauhaus autant que l’artisanat amazigh. Belkahia abandonne la toile pour le cuivre martelé et la peau teintée au henné ; l’école enseigne la peinture, mais aussi le graphisme, la typographie et la peinture murale, avec l’idée que l’art doit habiter l’espace public.

Mosaïque de zellige à étoiles géométriques bleues, vertes et brunes sous une frise calligraphiée en stuc
Zellige et calligraphie de la médersa Ben Youssef, à Marrakech : le répertoire géométrique dont l’école de Casablanca a fait une source de l’art moderne marocain.Elena Tatiana Chis, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mohamed Melehi (1936-2020) est le lien le plus direct avec le pop art. Grâce à une bourse Rockefeller, il étudie à l’université Columbia, à New York, de 1962 à 1964, au moment même où Warhol et Lichtenstein y font scandale, et ses œuvres figurent en 1963 dans une exposition du MoMA. C’est à cette époque qu’il adopte une palette plus vive et des formes aux bords nets, mais il choisit l’abstraction : ses vagues, motif qu’il déclinera toute sa vie, ne citent ni marques ni stars. La Tate conserve l’une de ces toiles, « Casa » (1970) (nouvel onglet). Melehi figure aussi parmi les fondateurs de la revue Souffles, lancée à Rabat en 1966.

En 1969, le groupe organise « Présence plastique », une exposition-manifeste en plein air sur la place Jemaa el-Fna, à Marrakech, à l’écart du salon officiel. Melehi le rappelait dans un entretien cité par The Art Newspaper (nouvel onglet) : les œuvres sont restées une semaine sur la place, exposées au soleil et au vent. En 1978, il cofonde avec Mohamed Benaïssa le moussem culturel d’Asilah, dont les fresques couvrent depuis les murs de la médina.

Longtemps méconnue hors du Maroc, cette histoire a fait l’objet en 2023-2024 d’une grande exposition à la Tate St Ives, « The Casablanca Art School » (nouvel onglet), la première consacrée au mouvement par un grand musée.

Hassan Hajjaj, figure du pop art marocain

Hassan Hajjaj est l’artiste marocain le plus clairement associé au pop art, au point que la presse britannique l’a surnommé « l’Andy Warhol de Marrakech ». Né à Larache en 1961, installé adolescent à Londres, il partage aujourd’hui sa vie entre Londres et Marrakech. Autodidacte, il vient de la nuit londonienne des années 1980, des concerts, du hip-hop et de la mode de rue, où il découvre les logos de luxe et leurs contrefaçons.

Son style se reconnaît au premier coup d’œil. Des portraits aux couleurs saturées, des modèles en djellaba et en voile souvent taillés dans des tissus imprimés de logos, des babouches, des fonds à motifs, et surtout des cadres fabriqués à partir d’objets de consommation : boîtes de conserve alignées, pneus, emballages. La répétition des boîtes autour de l’image évoque les séries de Warhol.

L’une de ses séries les plus célèbres, Kesh Angels, montre de jeunes femmes de Marrakech à moto, voilées et lunettes de soleil sur le nez. Le LACMA de Los Angeles conserve « Gang of Kesh Part 2 » (2000) (nouvel onglet), tirage dans un cadre de bois garni de boîtes de peinture automobile ; le musée y lit une réponse aux stéréotypes occidentaux sur le voile. Le Victoria and Albert Museum de Londres possède « Saida In Green » (2000) (nouvel onglet), un portrait au foulard imprimé de logos Louis Vuitton, encadré de pneus.

Hajjaj a aussi réalisé un long métrage sur les tatoueuses au henné de Marrakech, présenté en 2015 au LACMA, et photographié Billie Eilish pour une couverture de Vogue en mars 2020. En 2019, la Maison européenne de la photographie, à Paris, lui a consacré sa première rétrospective en France. Il a été fait officier de l’ordre du Ouissam Al Moukafâa Al Wataniya en 2016.

Ce qui rend le pop marocain reconnaissable

Le pop marocain se reconnaît à un mélange que l’on ne trouve ni à Londres ni à New York : les signes du quotidien marocain y côtoient les icônes de la consommation mondiale, souvent dans la même image.

  • Les tissus du souk et les logos de luxe : imprimés de marques, vrais ou contrefaits, taillés en djellabas, foulards ou babouches.
  • La répétition par l’objet : boîtes de conserve, canettes ou pneus disposés en cadre, qui jouent le rôle des séries de Warhol.
  • Les motifs de fond : nattes, carreaux, imprimés géométriques qui rappellent le zellige et transforment le portrait en surface décorative.
  • Le regard retourné : là où la peinture orientaliste figeait le Maroc dans l’exotisme, ces images montrent des femmes à moto, des rappeurs, des musiciens, avec humour.
  • La pop culture locale : chanteurs, clubs de football, darija, références que le public marocain reconnaît immédiatement.

Hajjaj a ainsi photographié les vedettes de la scène marocaine dans sa série My Maroc Stars, avec notamment Hindi Zahra et Dizzy DROS. Et lors de sa séance avec Billie Eilish pour Vogue, en 2020, la chanteuse portait sur l’une des photos une veste taillée dans un drapeau du Wydad de Casablanca : la pop culture marocaine entrait dans les pages d’un magazine mondial.

La relève : photographie, vidéo et culture d’Internet

Après Hajjaj, le pop marocain passe surtout par l’image photographique et numérique, et par des artistes de la diaspora. Ils partagent un même geste : mêler les signes de l’identité marocaine aux icônes de la culture mondiale. Le phénomène n’est pas propre au Maroc : l’exposition « The World Goes Pop » de la Tate Modern a montré en 2015 que le pop avait essaimé dès les années 1960, de l’Amérique latine à l’Asie et au Moyen-Orient.

  • Mous Lamrabat, né en 1983 à Temsaman, dans le Rif, et installé en Belgique depuis l’enfance, photographie des modèles en niqab, abaya ou caftan associés à des logos de marques occidentales et à des références pop. Sa première exposition personnelle, Mousganistan, date de 2019.
  • Meriem Bennani, née en 1988 à Rabat et installée à New York, mêle vidéo, animation 3D, téléréalité et réseaux sociaux. Sa série 2 Lizards, réalisée avec Orian Barki pendant la pandémie, est entrée dans les collections du MoMA et du Whitney.

Le regard vient aussi de l’extérieur. Dès 1966, Yves Saint Laurent, qui fera de Marrakech l’une de ses villes de cœur, présente des robes « pop art » dans sa collection d’automne. Le Musée Yves Saint Laurent de Marrakech, ouvert en 2017 à côté du jardin Majorelle, est consacré à son œuvre. Ce croisement entre héritage et culture de masse est au cœur de notre article sur l’art et l’identité culturelle au Maroc.

Pop art et street art sur les murs marocains

Le pop art et le street art se croisent souvent au Maroc, sur les murs plus que dans les galeries. Les fresques d’Asilah ont ouvert la voie dès 1978 ; les festivals Sbagha Bagha à Casablanca, né en 2013, et Jidar à Rabat, lancé en 2015, ont ensuite invité des muralistes du monde entier, dont certains manient les codes pop. Notre article sur le street art au Maroc raconte cette scène, et notre comparatif entre street art et pop art explique ce qui les distingue.

Repères : pop art et art moderne au Maroc

Ces dates résument le chemin parcouru, de l’avant-garde des années 1960 aux institutions d’aujourd’hui.

Année Repère
1962 Farid Belkahia prend la direction de l’école des beaux-arts de Casablanca.
1964 Mohamed Melehi rentre de New York et enseigne à Casablanca.
1966 Lancement de la revue Souffles à Rabat, avec Melehi parmi ses fondateurs.
1969 Exposition « Présence plastique » sur la place Jemaa el-Fna, à Marrakech.
1978 Premier moussem culturel d’Asilah et ses fresques.
2000 Hassan Hajjaj réalise « Gang of Kesh Part 2 » et « Saida In Green ».
2014 Inauguration du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat.
2016 Ouverture du MACAAL à Marrakech.
2017 Ouverture du Musée Yves Saint Laurent Marrakech.
2018 Première édition de la foire 1-54 à Marrakech.
2023 Exposition « The Casablanca Art School » à la Tate St Ives.

Où voir l’art pop et moderne au Maroc

Pour voir l’art moderne marocain et ses héritiers pop, quelques adresses suffisent :

  • À Rabat, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI), inauguré en 2014, premier grand musée national construit depuis l’indépendance, consacré à l’art marocain des XXe et XXIe siècles.
  • À Marrakech, le MACAAL, musée d’art contemporain africain ouvert en 2016, le Musée Yves Saint Laurent et le jardin Majorelle, et la foire 1-54 Marrakech (nouvel onglet), lancée en février 2018 à La Mamounia, où des galeries présentent des artistes marocains et africains.
  • À Asilah, les fresques renouvelées lors du moussem culturel, chaque été.

Pour voir un grand ensemble d’œuvres de Hassan Hajjaj, il faut guetter les expositions temporaires, au Maroc comme à l’étranger.

Le pop art chez vous, au Maroc

Si votre recherche est plus concrète, trouver un tableau pop art pour votre intérieur au Maroc, c’est l’objet de notre collection de tableaux pop art au Maroc : de grands tirages uniques sur toile, dans un cadre baroque noir en bois massif fait main au Maroc, livrés gratuitement partout dans le pays. Ce ne sont pas des peintures originales, mais des images pop pensées pour tenir un mur.

Royal Rebellion y joue avec Campbell’s, Absolut Vodka et une reine couronnée, Mr. Monopoly avec l’argent et la célébrité. Et pour marier ces couleurs avec des zelliges, des tapis berbères ou un salon traditionnel, notre article sur la décoration d’un salon marocain moderne donne des pistes concrètes.

Pour remonter aux sources du mouvement, notre article sur le pop art, sa définition et son histoire présente Warhol, Lichtenstein et les pionniers londoniens.

Dans cet article

Questions fréquentes

Existe-t-il un pop art marocain ?

Pas comme mouvement historique : dans les années 1960, l’avant-garde marocaine, réunie autour de l’école des beaux-arts de Casablanca, a choisi l’abstraction et les arts populaires plutôt que l’imagerie publicitaire. Le pop marocain apparaît plus tard, surtout en photographie, avec Hassan Hajjaj à partir des années 1990-2000, puis avec des artistes comme Mous Lamrabat ou Meriem Bennani, qui mêlent traditions marocaines et culture de masse mondiale.

Qui est Hassan Hajjaj ?

Hassan Hajjaj est un artiste et photographe marocain né à Larache en 1961, installé adolescent à Londres et qui partage aujourd’hui sa vie entre Londres et Marrakech. Autodidacte, venu du milieu musical et de la mode, il est connu pour ses portraits aux couleurs saturées, encadrés de boîtes de conserve ou de pneus, dont la série « Kesh Angels » sur les jeunes femmes à moto de Marrakech. La presse l’a surnommé « l’Andy Warhol de Marrakech ».

Pourquoi Hassan Hajjaj est-il appelé l’Andy Warhol de Marrakech ?

Parce qu’il fait, comme Warhol, des produits de consommation et des marques un matériau artistique : ses cadres sont faits de boîtes de conserve répétées, ses modèles portent des logos de luxe détournés, et il passe librement de la photographie à la mode, au design et au cinéma. Il joue lui-même du rapprochement avec sa marque de vêtements Andy Wahloo, jeu de mots entre Warhol et « walou », « rien » en darija.

Qu’est-ce que l’école de Casablanca ?

C’est le nom donné au groupe d’artistes-enseignants de l’école des beaux-arts de Casablanca dans les années 1960 et 1970 : Farid Belkahia, qui la dirige de 1962 à 1974, Mohamed Melehi et Mohammed Chabâa. Ils ont rompu avec l’enseignement académique hérité de la colonisation, puisé dans les arts amazighs et l’artisanat, et voulu sortir l’art dans la rue, avec l’exposition « Présence plastique » de 1969.

Où voir du pop art à Marrakech ?

Marrakech n’a pas de musée consacré au pop art, mais plusieurs lieux en montrent l’esprit ou les héritiers : le MACAAL, musée d’art contemporain africain ouvert en 2016, le Musée Yves Saint Laurent, ouvert en 2017, qui rappelle que le couturier a dessiné des robes pop art en 1966, et la foire 1-54 Marrakech, lancée à La Mamounia en 2018. Plus au nord, les fresques d’Asilah complètent le parcours.

Quel est le lien entre Melehi et le pop art ?

Mohamed Melehi (1936-2020) a vécu à New York de 1962 à 1964, grâce à une bourse Rockefeller, au moment même où le pop art y explosait, et ses œuvres ont figuré en 1963 dans une exposition du MoMA. C’est à cette époque qu’il adopte une palette plus vive et des formes aux bords nets, mais il choisit l’abstraction : ses célèbres vagues, déclinées pendant plus de cinquante ans, relèvent davantage de la peinture à bords nets que du pop.

Sources

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L’atelier Venus Pop

Le Journal est écrit par l’atelier Venus Pop, qui sélectionne des tableaux pop art en tirage unique et les monte dans des cadres baroques faits main au Maroc. Chaque article cite ses sources et est relu à chaque mise à jour.

Sommaire

  1. L’essentiel
  2. Existe-t-il un pop art marocain ?
  3. Les années 1960 : l’école de Casablanca, une avant-garde parallèle
  4. Hassan Hajjaj, figure du pop art marocain
  5. Ce qui rend le pop marocain reconnaissable
  6. La relève : photographie, vidéo et culture d’Internet
  7. Pop art et street art sur les murs marocains
  8. Repères : pop art et art moderne au Maroc
  9. Où voir l’art pop et moderne au Maroc
  10. Le pop art chez vous, au Maroc
  11. Questions fréquentes

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