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Artistes marocains contemporains : les noms à connaître et où les voir
Artistes marocains contemporains : des pionniers Belkahia, Melehi et Chaïbia à Hassan Hajjaj, Yto Barrada et Amina Agueznay, et où voir leurs œuvres.

L’essentiel
- L’art moderne marocain naît autour de l’indépendance de 1956 avec Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Chaïbia Talal et le groupe de l’École de Casablanca : Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Chabâa.
- La génération actuelle expose dans les grandes institutions : Hassan Hajjaj, Mounir Fatmi, Yto Barrada, M’barek Bouhchichi, Meriem Bennani ou Amina Agueznay.
- En 2026, Amina Agueznay signe le premier pavillon national du Maroc à l’Arsenale de la Biennale de Venise, et Yto Barrada représente la France, jusqu’au 22 novembre.
- Au Maroc, le musée Mohammed VI de Rabat conserve plus de 500 peintures d’artistes marocains ; le MACAAL et la foire 1-54, à Marrakech, montrent la scène actuelle.
Sommaire de l’article
- L’essentiel
- Art moderne ou art contemporain marocain : quelle différence ?
- Les pionniers : les peintres marocains connus de l’art moderne
- Quels sont les artistes marocains contemporains à connaître ?
- Les artistes marocaines femmes à connaître
- Où voir l’art contemporain marocain ?
- Par où commencer pour découvrir la scène marocaine
- Questions fréquentes
Les artistes marocains contemporains les plus reconnus vont des pionniers de l’art moderne, comme Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou Chaïbia Talal, à une génération qui expose aujourd’hui à Venise, Paris ou New York : Hassan Hajjaj, Mounir Fatmi, Yto Barrada, Amina Agueznay, M’barek Bouhchichi. Voici qui ils sont, les œuvres qui les ont fait connaître, et où les voir au Maroc, du musée Mohammed VI de Rabat au MACAAL de Marrakech.
Art moderne ou art contemporain marocain : quelle différence ?
L’art moderne marocain désigne la peinture et la sculpture nées autour de l’indépendance de 1956, quand des artistes formés à Paris, Rome, Madrid ou Prague ont cherché un langage propre, à distance de la peinture orientaliste. L’art contemporain marocain désigne la création actuelle : installations, vidéo, photographie, textile, performance, en plus de la peinture.
La frontière n’est pas étanche. Le premier musée public du pays consacré à ces deux périodes porte d’ailleurs les deux mots dans son nom : le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, ouvert à Rabat en 2014. Et beaucoup d’artistes actuels revendiquent l’héritage des années 1960, en particulier celui de l’École de Casablanca.
Les pionniers : les peintres marocains connus de l’art moderne
Voici les peintres marocains les plus souvent cités pour la période moderne, presque tous nés entre 1923 et 1936, avec ce qui distingue chacun et où voir son travail.
| Artiste | Dates | Ce qui le distingue | Où le voir |
|---|---|---|---|
| Hassan El Glaoui | 1923-2018 | Peintre figuratif des chevaux et des fantasias, exposé à Paris et New York dès 1951 | Musée Mohammed VI, Rabat (expositions) |
| Jilali Gharbaoui | 1929-1971 | Considéré comme le premier peintre marocain non figuratif : une abstraction gestuelle et colorée | Collection du musée Mohammed VI |
| Chaïbia Talal | 1929-2004 | Autodidacte, peinture très colorée, longtemps classée dans l’art naïf | Musée Mohammed VI (expositions), Institut du monde arabe (Paris), Collection de l’art brut (Lausanne) |
| Ahmed Cherkaoui | 1934-1967 | Abstraction nourrie des signes des tatouages et des poteries marocaines | Musée Mohammed VI (expositions) |
| Farid Belkahia | 1934-2014 | Œuvres sur cuivre dès 1963, puis sur peau de chèvre teinte au henné à partir de 1975 | Centre Pompidou, collection du musée Mohammed VI |
| Mohamed Chabâa | 1935-2013 | Peintre et graphiste, défenseur d’un art moderne refusant l’étiquette « folklorique » | Expositions sur l’École de Casablanca |
| Mohamed Melehi | 1936-2020 | Couleurs vives et formes ondulantes, cofondateur du Moussem d’Asilah | Collection du musée Mohammed VI, murs d’Asilah |
Si vous cherchez un peintre marocain des chevaux, c’est Hassan El Glaoui, fils du pacha de Marrakech Thami El Glaoui : ses cavaliers et ses fantasias sont devenus une signature. Si vous cherchez un peintre marocain abstrait, commencez par Gharbaoui, Cherkaoui et Melehi : trois manières très différentes, du geste instinctif au signe et à la géométrie.
L’École de Casablanca, matrice de la modernité
L’École de Casablanca est le groupe d’artistes-enseignants qui a transformé l’École des beaux-arts de la ville après 1962. Selon le communiqué de la Tate St Ives (nouvel onglet), qui lui a consacré en 2023 sa première grande exposition muséale, Farid Belkahia, nommé directeur, a fait entrer dans l’équipe Mohamed Melehi et l’historienne de l’art Toni Maraini en 1964, le collectionneur néerlandais Bert Flint en 1965, puis Mohamed Chabâa en 1966. Leur modèle : le Bauhaus, qui refusait de séparer l’art, l’artisanat et le design.
Concrètement, l’enseignement faisait une place aux savoir-faire, aux matériaux et aux motifs amazighs, de l’artisanat à la céramique, à côté de la peinture de chevalet. En 1969, le groupe a exposé ses toiles en plein air, place Jemaa el-Fna à Marrakech, lors de l’exposition « Présence plastique ». La rétrospective Farid Belkahia du Centre Pompidou (nouvel onglet), en 2021, présente l’École de Casablanca comme l’une des manifestations cardinales d’une modernité postcoloniale. Nous revenons sur ce que ce groupe a fait des motifs et du zellige dans notre article sur l’art et l’identité culturelle marocaine.
Chaïbia Talal, la peintre autodidacte
Chaïbia Talal est la peintre marocaine la plus célèbre de sa génération, et elle n’est passée par aucune école. Née en 1929 à Chtouka, près d’El Jadida, mariée à 13 ans et veuve à 15, elle commence à peindre en 1963, après un rêve, selon son propre récit. Le critique Pierre Gaudibert la soutient ; elle expose pour la première fois en 1966, au Goethe-Institut de Casablanca, puis à Paris.
On l’a longtemps rangée dans l’art naïf, une catégorie que d’autres artistes de l’époque, comme Mohamed Chabâa, refusaient d’appliquer à l’art marocain. Exposées de Paris au Japon, ses toiles très colorées sont aujourd’hui conservées notamment à l’Institut du monde arabe à Paris et à la Collection de l’art brut de Lausanne.
Quels sont les artistes marocains contemporains à connaître ?
Les artistes marocains contemporains à connaître travaillent autant le textile, la vidéo ou l’installation que la peinture, et beaucoup vivent entre le Maroc et l’étranger. Voici ceux dont le travail est le mieux documenté par les musées et les grandes expositions.
Hassan Hajjaj, le pop art marocain
Né à Larache en 1961, parti pour Londres à 13 ans, Hassan Hajjaj vit aujourd’hui entre Londres et Marrakech. Il est souvent présenté comme le pionnier du pop art marocain. Ses portraits mélangent motifs géométriques, tissus du souk, vraies et fausses marques de luxe, et sont souvent encadrés de motifs répétés de boîtes de conserve, comme dans sa série « Kesh Angels » (2010). Nous lui consacrons une large place dans notre article sur le pop art au Maroc.
Mounir Fatmi, l’archéologie des médias
Né à Tanger en 1970, Mounir Fatmi travaille avec des matériaux en voie de disparition : câbles d’antenne, cassettes VHS, machines à écrire, photocopieurs. Il y voit les fossiles d’une société de consommation qui jette vite. En 2006, il a reçu le grand prix de la Biennale de Dakar. Il vit entre Paris et Tanger.
Yto Barrada, Tanger et le textile
Née à Paris en 1971, Yto Barrada vit entre Tanger et New York. Elle a cofondé la Cinémathèque de Tanger et The Mothership, un jardin-résidence consacré aux plantes tinctoriales. Le ministère de la Culture français (nouvel onglet) lui a confié le Pavillon français de la Biennale de Venise 2026 : son installation « Comme Saturne », conçue avec la commissaire Myriam Ben Salah, part d’une technique textile, le dévoré, qui ronge le velours à l’acide pour y faire apparaître des motifs.
Amina Agueznay, le premier pavillon du Maroc à l’Arsenale
Née à Casablanca en 1963, architecte de formation et fille de la graveuse Malika Agueznay, Amina Agueznay travaille avec des tisserands, des menuisiers, des vanniers et d’autres artisans pour créer des installations pensées comme des espaces à habiter. Selon Médias24 (nouvel onglet), son projet « Asǝṭṭa », mené avec la curatrice Meryem Berrada, a été retenu parmi 29 candidatures pour le premier pavillon national marocain installé à l’Arsenale de Venise, inauguré le 8 mai 2026. Le titre reprend un mot amazigh qui désigne le tissage rituel. Son travail rejoint ce que nous racontons dans l’art fait main et les savoir-faire marocains.
M’barek Bouhchichi, la mémoire du Sud
Né à Akka en 1975, professeur d’arts plastiques, M’barek Bouhchichi interroge la place des Amazighs noirs du sud marocain. Son installation « Imdyazmen #3 » (nouvel onglet), treize bâtons de bois et de cuivre gravés de fragments de poèmes en tifinagh, appartient à la collection du Centre Pompidou, où elle a été montrée en 2020 dans l’exposition « Global(e) Resistance ».
D’autres noms à suivre
- Hassan Darsi, né à Casablanca en 1961 : son « Projet de la maquette », lancé en 2002 pour alerter sur l’abandon du parc de l’Hermitage à Casablanca, a été présenté au Centre Pompidou.
- Safaa Erruas, née à Tétouan en 1976 : des œuvres presque toujours blanches, faites de papier, de fils, d’aiguilles et de lames, sur la fragilité.
- Yassine Balbzioui, né en 1972 : peintre et performeur, il signe une installation in situ au MACAAL, visible jusqu’en janvier 2027.
- Meriem Bennani, née à Rabat en 1988, installée à New York : vidéo, animation 3D et installations, montrées à la Biennale du Whitney en 2019.
- Daoud Aoulad-Syad, né à Marrakech en 1953 : photographe et cinéaste, à qui le MACAAL consacre une exposition personnelle jusqu’au 29 novembre 2026.
- Leila Alaoui (1982-2016) : photographe franco-marocaine, morte des suites de ses blessures après les attentats de Ouagadougou, en janvier 2016.
Les artistes marocaines femmes à connaître
Les artistes marocaines ont joué un rôle central à chaque époque, même si l’histoire les a longtemps citées en second. Chaïbia Talal a été exposée de Paris au Japon, en passant par les États-Unis. Malika Agueznay, née à Marrakech, a été de 1966 à 1970 la première jeune femme à étudier à l’École des beaux-arts de Casablanca ; ses œuvres figurent dans la collection du musée Mohammed VI.
Aujourd’hui, la relève est nombreuse : Safaa Erruas, Amina Agueznay, Yto Barrada, Meriem Bennani, et la photographe Leila Alaoui, disparue en 2016. Leurs parcours montrent deux chemins : une carrière d’abord internationale, comme celle de Meriem Bennani à New York, ou un travail ancré dans le pays, avec des artisans et des communautés, comme celui d’Amina Agueznay.
Où voir l’art contemporain marocain ?
L’art contemporain marocain se voit d’abord dans trois lieux : le musée Mohammed VI à Rabat, le MACAAL à Marrakech et la foire 1-54, chaque février à Marrakech.
| Lieu | Ville | Ce que l’on y voit | Bon à savoir |
|---|---|---|---|
| Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) | Rabat, avenue Al Alaouyine | Plus de 500 peintures : Melehi, Gharbaoui, Belkahia, Kacimi, Malika Agueznay, et des expositions temporaires | Ouvert de 10 h à 18 h, fermé le mardi |
| MACAAL, musée d’art contemporain africain Al Maaden | Marrakech | Collection permanente présentée depuis 2025 ; en 2026, Daoud Aoulad-Syad et Yassine Balbzioui | Musée privé à but non lucratif, porté par la Fondation Alliances |
| Foire 1-54 Marrakech | Marrakech, La Mamounia et autres lieux | Galeries d’art contemporain africain, dont des artistes marocains | Chaque février ; public le week-end |
| Moussem d’Asilah | Asilah | Murs peints de la médina, ateliers de gravure | Chaque été, en juillet |
| Biennale de Venise | Venise (Italie) | Amina Agueznay (pavillon du Maroc), Yto Barrada (Pavillon français) | Jusqu’au 22 novembre 2026 |
Le musée Mohammed VI (nouvel onglet) se présente comme la première institution du pays entièrement consacrée à l’art moderne et contemporain aux normes muséographiques internationales. Le MACAAL, rouvert en 2025 après rénovation, et la foire 1-54, fondée en 2013 par Touria El Glaoui, fille du peintre Hassan El Glaoui, sont présentés plus en détail dans notre article sur l’art africain contemporain. Pour l’art dans la rue, Jidar à Rabat fait l’objet de notre guide du street art au Maroc.
Par où commencer pour découvrir la scène marocaine
Si vous ne deviez faire qu’une visite, ce serait le musée Mohammed VI à Rabat : selon l’accrochage du moment, vous y croiserez Gharbaoui, Melehi, Belkahia et leurs successeurs, de quoi comprendre d’où vient la scène actuelle. Ajoutez le MACAAL si vous passez par Marrakech, et calez si possible votre voyage sur la foire 1-54, début février, ou sur le festival Jidar, au printemps.
Le pop art est une porte d’entrée plus légère. Hassan Hajjaj a montré qu’on pouvait parler du Maroc avec les codes de la publicité et des icônes populaires. C’est l’esprit de notre collection de tableaux pop art : des tirages grand format, comme Mr. Monopoly et sa citation « Everybody will be famous for 15 minutes », pensés pour un salon plutôt que pour un musée.
Dans cet article
Questions fréquentes
Qui sont les artistes marocains contemporains les plus connus ?
Parmi les fondateurs de l’art moderne : Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Chabâa, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui et Chaïbia Talal. Parmi les artistes actuels reconnus à l’international : Hassan Hajjaj, Mounir Fatmi, Yto Barrada, Amina Agueznay, M’barek Bouhchichi, Safaa Erruas, Yassine Balbzioui et Meriem Bennani. Leurs œuvres figurent dans des collections comme celles du Centre Pompidou ou du musée Mohammed VI de Rabat.
Qui est le peintre marocain le plus connu ?
Il n’existe pas de classement officiel. Farid Belkahia est sans doute le plus reconnu par les institutions : le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective en 2021. Mohamed Melehi, fondateur du Moussem d’Asilah, et Chaïbia Talal, autodidacte exposée dans le monde entier, sont aussi des références. Pour le grand public international, Hassan Hajjaj est le nom le plus associé au pop art marocain.
Qui est Chaïbia Talal ?
Chaïbia Talal (1929-2004) est une peintre marocaine autodidacte, née à Chtouka, près d’El Jadida. Mariée à 13 ans, veuve à 15, elle commence à peindre en 1963 et expose pour la première fois en 1966 au Goethe-Institut de Casablanca. Ses toiles aux couleurs pures sont conservées notamment à l’Institut du monde arabe à Paris et à la Collection de l’art brut de Lausanne.
Qu’est-ce que l’École de Casablanca ?
C’est le nom donné au groupe d’artistes-enseignants réunis à l’École des beaux-arts de Casablanca, dirigée par Farid Belkahia de 1962 à 1974, avec notamment Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa. Ils ont rapproché l’art moderne de l’artisanat et des arts populaires marocains, et sorti l’art dans la rue, comme lors de l’exposition en plein air de 1969 sur la place Jemaa el-Fna.
Où voir de l’art contemporain marocain à Rabat ?
Au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI), avenue Al Alaouyine, dans le quartier Hassan. Ouvert en 2014, c’est le premier musée du pays entièrement consacré à l’art moderne et contemporain. Il conserve plus de 500 peintures, dont des œuvres de Melehi, Gharbaoui, Belkahia ou Malika Agueznay. Il est ouvert de 10 h à 18 h, sauf le mardi.
Quand a lieu la foire 1-54 à Marrakech ?
La foire 1-54, consacrée à l’art contemporain africain, se tient chaque année en février à Marrakech, principalement à La Mamounia. L’édition 2026, la septième, a eu lieu du 5 au 8 février, avec un accès du public le week-end et des expositions associées au MACAAL et au palais El Badi. Les dates de 2027 sont publiées sur le site officiel de la foire.
Quels artistes marocains exposent à la Biennale de Venise 2026 ?
Amina Agueznay représente le Maroc avec « Asǝṭṭa », une installation conçue avec la curatrice Meryem Berrada, dans le premier pavillon national marocain installé à l’Arsenale. Yto Barrada, artiste franco-marocaine qui vit entre Tanger et New York, occupe le Pavillon français avec « Comme Saturne ». La Biennale se tient jusqu’au 22 novembre 2026.
Sources
- Tate St Ives, communiqué de l’exposition « The Casablanca Art School » (2023) (nouvel onglet)
- Centre Pompidou, exposition « Farid Belkahia » (2021) (nouvel onglet)
- Fondation nationale des musées, musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (nouvel onglet)
- Ministère de la Culture (France), « Biennale de Venise : le Pavillon français entre en orbite » (nouvel onglet)
- Médias24, « Le Maroc inaugure son pavillon à la Biennale de Venise » (mai 2026) (nouvel onglet)
- 1-54, présentation et historique de la foire (nouvel onglet)




