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Art et identité culturelle : définition, exemples et le cas du Maroc

Art et identité culturelle : définition, lien entre l’art et l’appartenance, et l’exemple marocain du zellige, des motifs amazighs et de l’École de Casablanca.

Tableau pop art de la Joconde couronnée, cadre baroque noir
Mona Lisa RockstarLa Renaissance en mode pop art · 137 × 177 cm · 5 000 MADVoir l’œuvre

L’essentiel

  • L’identité culturelle est le sentiment d’appartenir à un groupe qui partage une culture : langue, coutumes, croyances, arts. Elle n’est pas figée, elle évolue avec le temps et les migrations.
  • L’art la transmet (motifs, techniques, récits), l’affirme face aux autres et la transforme : un même zellige peut être patrimoine, emblème national ou matière d’une œuvre contemporaine.
  • La Constitution marocaine de 2011 décrit une identité une et plurielle : arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, enrichie d’apports africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.
  • Le Maroc compte 16 éléments inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2025, de la place Jemaa el-Fna (2008) au caftan marocain (2025).
  • Dans les années 1960, l’École de Casablanca a fait des tapis, bijoux et signes amazighs le point de départ d’un art moderne marocain, loin du regard orientaliste.
Sommaire de l’article
  1. L’essentiel
  2. Qu’est-ce que l’identité culturelle ?
  3. Quel est le lien entre art et identité culturelle ?
  4. L’identité culturelle marocaine, une identité plurielle
  5. Les arts traditionnels marocains, miroirs d’une identité
  6. L’École de Casablanca : faire du patrimoine un art moderne
  7. Comment l’art contemporain marocain réinvente l’identité
  8. Comment préserver l’identité culturelle
  9. Questions fréquentes

Art et identité culturelle sont liés dans les deux sens : l’art transmet ce qui fait l’identité d’un groupe, ses motifs, ses techniques, ses récits, et il la transforme quand des artistes s’en emparent pour la questionner. Le Maroc en offre un exemple très lisible, du zellige des médersas aux motifs amazighs, jusqu’à l’École de Casablanca, qui a fait de ce patrimoine un langage moderne. Voici les définitions utiles, puis ce que l’exemple marocain apprend sur la manière dont l’art fabrique, garde et réinvente une identité.

Qu’est-ce que l’identité culturelle ?

L’identité culturelle est le sentiment d’appartenir à un groupe qui partage une culture : une langue, des coutumes, des traditions, des croyances, des manières de vivre et des formes d’art. Les définitions courantes insistent sur deux traits : elle est dynamique, car elle évolue avec le temps et les migrations, et elle est sociale, car elle permet à chacun de se situer et d’être reconnu.

Prenons une famille marocaine installée à Bruxelles : elle peut parler français au travail, darija ou tamazight à la maison, sortir le caftan pour un mariage et suivre le football belge. Elle ne choisit pas entre ces appartenances ; elle les combine. C’est pour cela que l’on parle souvent d’identités au pluriel.

À l’échelle internationale, la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée le 2 novembre 2001, a posé un principe devenu central : la diversité culturelle est un patrimoine commun de l’humanité, aussi nécessaire au genre humain que la biodiversité l’est au vivant.

Identité culturelle et identité sociale : quelle différence ?

L’identité sociale est plus large que l’identité culturelle. Le Larousse (nouvel onglet) la définit comme la conviction d’un individu d’appartenir à un groupe social, reposant sur le sentiment d’une communauté géographique, linguistique ou culturelle, et entraînant certains comportements. L’identité culturelle en est une composante : elle porte sur ce que le groupe partage en matière de culture, quand l’identité sociale inclut aussi le métier, le quartier, la génération ou la classe.

Quel est le lien entre art et identité culturelle ?

L’art entretient trois relations avec l’identité culturelle : il la transmet, il l’affirme et il la transforme.

  1. Transmettre. Les motifs d’un tapis, la géométrie d’un zellige, les gestes d’un brodeur passent de génération en génération. L’objet d’art garde la mémoire d’une communauté, souvent mieux qu’un texte.
  2. Affirmer. Une forme d’art peut devenir un emblème, un signe de reconnaissance face aux autres : le caftan dans une cérémonie, le drapeau sur une statuette, la calligraphie sur une façade officielle.
  3. Transformer. L’artiste reprend un héritage pour le critiquer, le mélanger ou le déplacer. Le Ghanéen El Anatsui (nouvel onglet) assemble des capsules de bouteilles en tentures nourries des iconographies d’Afrique de l’Ouest, qui parlent du passé colonial et de ses routes commerciales ; le Marocain Hassan Hajjaj joue avec les clichés orientalistes dans ses portraits pop.

Ces trois fonctions coexistent. Un même motif peut être patrimoine dans un musée, emblème national dans un défilé et matière première d’une œuvre contemporaine. L’art est aussi, plus largement, un moyen d’expression qui permet de dire ce qu’on ne sait pas formuler autrement, y compris sur soi.

L’identité culturelle marocaine, une identité plurielle

L’identité culturelle marocaine se définit par la pluralité de ses sources, et c’est la Constitution elle-même qui le dit. Son préambule, adopté en 2011, en donne la formule la plus citée :

« Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. »

Constitution du Royaume du MarocPréambule, 2011

Le même texte fait de l’amazighe une langue officielle de l’État, aux côtés de l’arabe, « en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception » (article 5), et engage l’État à préserver le hassani, présenté comme partie intégrante de « l’identité culturelle marocaine unie ». L’art marocain porte la trace de chacune de ces composantes : géométrie et calligraphie arabo-andalouses, signes et tissages amazighs, musiques gnaoua liées à l’histoire des populations venues d’Afrique subsaharienne, caftan dont le dossier présenté à l’UNESCO met en avant des savoir-faire issus des cultures arabe, amazighe et juive.

Les arts traditionnels marocains, miroirs d’une identité

Les arts traditionnels marocains sont l’endroit où cette identité plurielle se voit le mieux, parce qu’ils sont pratiqués, utilisés et transmis au quotidien.

Le zellige et la géométrie

Le zellige est une mosaïque de petites pièces de terre cuite émaillée, taillées une à une et assemblées en compositions géométriques. Ses origines sont discutées, entre Maghreb et al-Andalus, mais il atteint au Maroc sa maturité sous les Mérinides, au XIVe siècle, à Fès et à Meknès, qui restent ses grands centres ; une école de Tétouan apparaît au XVIe siècle.

Mosaïque de zellige à étoiles géométriques bleues, vertes et brunes sous une frise calligraphiée en stuc
Zellige et calligraphie sculptée de la médersa Ben Youssef à Marrakech, exemple des motifs géométriques de l’art islamique.Elena Tatiana Chis, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La géométrie du zellige dit quelque chose de l’identité marocaine : un art décoratif savant, partagé avec tout l’Occident musulman, devenu l’un des signes les plus reconnaissables du Maroc, des palais aux salons d’aujourd’hui. Nous détaillons sa fabrication, du moulage à la taille au marteau, dans notre article sur l’art fait main et les savoir-faire marocains.

Les signes amazighs : tapis, bijoux, tatouages

Les motifs amazighs sont une autre langue visuelle de l’identité marocaine : des signes géométriques se retrouvent sur les tapis, les bijoux, les poteries et les tatouages. Le peintre Ahmed Cherkaoui (1934-1967) a construit une partie de son abstraction à partir de ces signes de tatouages et de poteries. Aujourd’hui, M’barek Bouhchichi grave des poèmes en tifinagh, l’alphabet amazigh, sur des bâtons de bois et de cuivre.

Plusieurs musées publics permettent de voir ces objets. Le musée national de la parure, ouvert en 2023 dans la kasbah des Oudayas à Rabat, présente notamment la collection de bijoux amazighs du roi Mohammed VI, selon la Fondation nationale des musées (nouvel onglet). À Marrakech, Dar Si Saïd est devenu le musée national du tissage et du tapis.

Le patrimoine immatériel inscrit à l’UNESCO

Le patrimoine culturel immatériel du Maroc compte 16 éléments inscrits par l’UNESCO en 2025, selon la liste tenue sur Wikipédia (nouvel onglet). Voici ceux qui touchent le plus directement aux arts et aux savoir-faire.

Élément Année d’inscription Ce qu’il dit de l’identité
Espace culturel de la place Jemaa el-Fna 2008 Conteurs, musiciens et halqa : un art de la parole populaire
Taskiwin, danse martiale du Haut-Atlas occidental 2017 Inscrite sur la liste de sauvegarde urgente
Gnaoua 2019 Musique et rituels nés de la mémoire africaine du Maroc
Calligraphie arabe 2021 Inscription partagée avec plusieurs pays arabes
Tbourida 2021 Art équestre et savoir-faire qui l’accompagnent
Malhoun 2023 Poésie chantée populaire
Gravure sur métaux (or, argent, cuivre) 2023 Savoir-faire partagé avec neuf autres pays
Henné 2024 Rituels, esthétique et pratiques sociales
Caftan marocain 2025 Art, traditions et savoir-faire des artisans et couturiers

Une précision utile : une inscription de l’UNESCO protège une pratique vivante, elle ne désigne pas un pays propriétaire d’une forme d’art. Plusieurs éléments, comme le couscous ou la calligraphie, sont d’ailleurs inscrits par plusieurs États ensemble.

L’École de Casablanca : faire du patrimoine un art moderne

L’École de Casablanca est le moment où des artistes marocains ont fait de leur patrimoine le point de départ d’un art moderne, au lieu de le laisser au rayon du folklore. À partir de 1962, Farid Belkahia dirige l’École des beaux-arts de Casablanca et y fait entrer Mohamed Melehi, Mohamed Chabâa, l’historienne de l’art Toni Maraini et le collectionneur Bert Flint. Selon le communiqué de la Tate St Ives (nouvel onglet), qui leur a consacré une exposition en 2023, ce groupe a combiné savoir-faire, matériaux et langages visuels amazighs avec les influences modernistes d’Europe et d’Amérique du Nord, sur le modèle du Bauhaus.

Le geste le plus net est celui de Belkahia. En 1963, il abandonne la toile pour le cuivre, « un matériau hautement inscrit dans la tradition artisanale du Maroc », selon ses propres mots repris par le Centre Pompidou (nouvel onglet) ; à partir de 1975, il peint sur peau de chèvre avec des pigments naturels comme le henné. Le musée parle d’un effort pour reconnecter la modernité avec des traditions vernaculaires que le regard colonial avait rangées parmi les pratiques folkloriques.

Le groupe a aussi sorti l’art de l’atelier. En 1969, l’exposition « Présence plastique » installe ses toiles en plein air, sur la place Jemaa el-Fna à Marrakech et sur une place de Casablanca. De 1966 à 1972, la revue Souffles, dirigée par Abdellatif Laâbi et dont Melehi est l’un des fondateurs, porte le même projet : inventer une culture moderne qui ne doive rien au complexe colonial. Les principaux noms de cette période et de la suivante sont présentés dans notre article sur les artistes marocains contemporains.

Comment l’art contemporain marocain réinvente l’identité

Les artistes marocains d’aujourd’hui ne se contentent pas de citer le patrimoine : ils le déplacent, le mélangent et l’interrogent.

  • Hassan Hajjaj mélange tissus du souk, vraies et fausses marques et motifs de boîtes de conserve pour retourner le regard touristique qui exotise les femmes voilées. Notre article sur le pop art au Maroc lui consacre une large place.
  • Amina Agueznay a conçu « Asǝṭṭa », le pavillon du Maroc à la Biennale de Venise 2026, autour d’un mot amazigh qui désigne le tissage rituel, avec des artisans.
  • Yto Barrada, qui vit entre Tanger et New York, travaille le textile et les teintures naturelles ; elle a cofondé The Mothership, un jardin-résidence consacré aux plantes tinctoriales.
  • M’barek Bouhchichi rend visibles les Amazighs noirs du sud marocain, une composante longtemps oubliée du récit national.

Ce travail sur l’identité rejoint une question plus large, celle de l’art engagé : montrer ce qu’une société préfère taire, ou rappeler qu’elle est plus diverse qu’elle ne le pense. Sur le continent, la même question traverse tout l’art africain contemporain, pour qui l’identité culturelle africaine se pense après la colonisation.

Le pop art pratique un autre type de jeu avec l’identité : il prend les icônes d’une culture, une reine, une peinture célèbre, un drapeau, et les fait changer de registre.

Royal Rebellion fait de même avec Elizabeth II, et notre statuette United Kingdom, couverte de l’Union Jack, de Big Ben et de taxis, montre comment quelques symboles suffisent à résumer une identité nationale, au risque du cliché.

Comment préserver l’identité culturelle

Préserver l’identité culturelle repose sur trois actions complémentaires : transmettre, documenter et faire vivre.

Pour voir ces trois leviers à l’œuvre, quelques adresses publiques suffisent : le musée Jamaâ el-Fna du patrimoine immatériel à Marrakech, installé dans l’ancienne agence de Bank Al-Maghrib, le musée national du tissage et du tapis Dar Si Saïd, le musée national de la parure aux Oudayas à Rabat, et le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain pour la suite de l’histoire. Si vous voulez aller plus loin sur la façon dont les cultures se croisent dans la création, notre article sur l’art et la diversité culturelle prolonge ces pistes.

Dans cet article

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’identité culturelle ?

L’identité culturelle est le sentiment d’appartenir à un groupe qui partage une culture : langue, coutumes, traditions, croyances, manières de vivre et formes d’art. Elle permet à chacun de se situer et d’être reconnu dans une société. Elle n’est jamais figée : elle se transforme avec le temps, les échanges et les migrations, et une même personne peut se reconnaître dans plusieurs identités culturelles.

Quel est le lien entre art et identité culturelle ?

L’art joue trois rôles. Il transmet l’identité d’un groupe, en conservant ses motifs, ses techniques et ses récits. Il l’affirme face aux autres, comme un drapeau ou un emblème. Et il la transforme, quand un artiste reprend un héritage pour le critiquer ou le réinventer. Au Maroc, le zellige, le tapis amazigh ou le caftan illustrent ces trois rôles à la fois.

Quelle est la différence entre identité culturelle et identité sociale ?

L’identité sociale, selon le Larousse, est la conviction d’un individu d’appartenir à un groupe social, fondée sur une communauté géographique, linguistique ou culturelle, et qui entraîne certains comportements. L’identité culturelle en est une forme particulière : elle porte sur la culture partagée, c’est-à-dire la langue, les traditions, les croyances et les arts, plutôt que sur le métier, la classe ou le statut.

Comment définir l’identité culturelle marocaine ?

La Constitution de 2011 la définit comme une identité nationale une et indivisible, forgée par la convergence de composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, et enrichie d’affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. L’amazighe y est reconnue comme langue officielle aux côtés de l’arabe, et l’État s’engage à préserver le hassani.

Quels sont les éléments du patrimoine immatériel marocain inscrits à l’UNESCO ?

En 2025, le Maroc compte 16 éléments inscrits. Parmi eux : l’espace culturel de la place Jemaa el-Fna et le moussem de Tan-Tan (2008), la Taskiwin (2017, sauvegarde urgente), les Gnaoua (2019), le couscous (2020, avec trois pays voisins), la tbourida (2021), le malhoun (2023), le henné (2024) et le caftan marocain (2025).

Comment préserver l’identité culturelle ?

En la transmettant, d’abord : apprentissage auprès d’un maître artisan, enseignement, pratique familiale. En la documentant ensuite, par des inventaires, des musées et des inscriptions comme celles de l’UNESCO. Enfin en la faisant vivre : une tradition que les artistes et les créateurs reprennent reste actuelle, alors qu’une tradition seulement mise sous vitrine s’éteint peu à peu.

Sources

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L’atelier Venus Pop

Le Journal est écrit par l’atelier Venus Pop, qui sélectionne des tableaux pop art en tirage unique et les monte dans des cadres baroques faits main au Maroc. Chaque article cite ses sources et est relu à chaque mise à jour.

Sommaire

  1. L’essentiel
  2. Qu’est-ce que l’identité culturelle ?
  3. Quel est le lien entre art et identité culturelle ?
  4. L’identité culturelle marocaine, une identité plurielle
  5. Les arts traditionnels marocains, miroirs d’une identité
  6. L’École de Casablanca : faire du patrimoine un art moderne
  7. Comment l’art contemporain marocain réinvente l’identité
  8. Comment préserver l’identité culturelle
  9. Questions fréquentes

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