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Peinture abstraite : comment faire un tableau abstrait quand on débute
Peinture abstraite pour débutant : définition, matériel, méthode à l’acrylique et au couteau, règles de composition et exercices d’après Kandinsky et Mondrian.

L’essentiel
- La peinture abstraite ne représente pas le monde visible : elle compose avec des formes, des couleurs, des lignes et des gestes pour produire son effet.
- Pour débuter, l’acrylique est le meilleur choix : elle sèche vite en couche fine, se nettoie à l’eau et accepte le pinceau, le couteau, la raclette ou le coulage.
- Un tableau abstrait réussi tient à quelques décisions : une palette limitée, des contrastes de valeurs, un point focal et des zones de repos.
- Hilma af Klint peint ses premières toiles abstraites dès 1906 ; Kandinsky publie Du spirituel dans l’art fin 1911 ; Mondrian réduit la peinture à la grille et aux couleurs primaires.
- Au Maroc, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui et Mohamed Melehi ont ouvert la voie de l’abstraction dès les années 1950 et 1960.
Sommaire de l’article
- L’essentiel
- Qu’est-ce que la peinture abstraite ?
- Le matériel pour une peinture abstraite à l’acrylique
- Comment faire un tableau abstrait : la méthode en 8 étapes
- Composer un tableau abstrait : les règles qui aident
- Trois exercices de peinture abstraite facile
- Les erreurs fréquentes du débutant
- Comment comprendre une peinture abstraite
- Après le premier tableau : prolonger et accrocher
- Questions fréquentes
La peinture abstraite ne représente ni objet, ni personne, ni paysage reconnaissable : elle compose avec des formes, des couleurs, des lignes et des gestes. Pour faire un tableau abstrait quand on débute, il ne suffit donc pas de « laisser aller » le pinceau ; il faut prendre quelques décisions simples sur la palette, la composition et la matière. Voici une définition claire, le matériel à acheter, une méthode en étapes avec les temps de séchage, trois exercices inspirés de Kandinsky et de Mondrian, et les erreurs qui gâchent la plupart des premières toiles.
Qu’est-ce que la peinture abstraite ?
La peinture abstraite est une peinture qui ne cherche pas à reproduire la réalité visible. La Tate la définit comme un art qui n’essaie pas de représenter fidèlement le réel, mais qui utilise les formes, les couleurs et les traces du geste pour produire son effet. Un tableau figuratif montre quelque chose ; un tableau abstrait est lui-même la chose à regarder.
L’abstraction prend des formes très différentes. Ce tableau aide à situer les grandes familles, et à choisir celle qui vous attire.
| Famille | Ce qui la caractérise | Artistes de référence |
|---|---|---|
| Abstraction lyrique | Couleurs libres, formes souples, rapport à la musique | Vassily Kandinsky, Jilali Gharbaoui |
| Abstraction géométrique | Lignes droites, aplats, grille, couleurs pures | Piet Mondrian, Kazimir Malevitch, Mohamed Melehi |
| Action painting | Geste, coulures, toile posée au sol | Jackson Pollock, Willem de Kooning |
| Colour field | Grands champs d’une seule couleur, effet contemplatif | Mark Rothko, Barnett Newman |
| Abstraction de signes | Signes, symboles, écritures inventées | Ahmed Cherkaoui |
Une brève histoire de l’abstraction
L’abstraction naît au début du XXe siècle, presque en même temps dans plusieurs pays. La Suédoise Hilma af Klint peint des toiles radicalement abstraites dès 1906, des années avant Kandinsky, mais elle les garde presque secrètes et demande qu’elles ne soient pas montrées avant vingt ans après sa mort ; le Guggenheim lui a consacré en 2018-2019 (nouvel onglet) une grande rétrospective.
Vassily Kandinsky publie fin 1911 Du spirituel dans l’art, où il défend une peinture fondée sur la « nécessité intérieure » et sur l’effet des couleurs, qu’il compare souvent à la musique. Il racontait que l’idée lui était venue en 1908, devant l’un de ses propres tableaux posé sur le côté dans la lumière du crépuscule, méconnaissable et pourtant d’une grande beauté. Professeur au Bauhaus de 1922 à 1933, il peint Composition VIII en 1923 (nouvel onglet), aujourd’hui au Guggenheim de New York.

Piet Mondrian pousse la réduction plus loin. Le néoplasticisme, terme qu’il adopte pour sa propre peinture, n’utilise d’après la Tate (nouvel onglet) que les couleurs primaires et les « non-couleurs », les carrés et les rectangles, les lignes droites horizontales ou verticales. Cette recherche de l’essentiel se prolonge, sous d’autres formes, dans l’art minimaliste des années 1960. Dans les années 1940 et 1950 à New York, l’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock, qui pose la toile au sol et verse la peinture, et de Mark Rothko, qui peint de grands champs de couleur, fait de la peinture abstraite l’art dominant de l’après-guerre.

L’abstraction au Maroc
Le Maroc a sa propre histoire de l’abstraction, liée à l’indépendance. Jilali Gharbaoui (1929-1971) est souvent présenté comme le premier peintre marocain à avoir choisi la non-figuration, après ses études à Paris dans les années 1950. Ahmed Cherkaoui (1934-1967) construit une peinture de signes et de symboles. Mohamed Melehi (1936-2020), figure de l’école de Casablanca, développe à partir des années 1960 un motif récurrent de vagues, peintes en aplats aux contours nets, que le musée Mathaf de Doha rapproche des vagues d’Asilah, sa ville natale, et des motifs graphiques de l’art islamique. Selon The Guardian (nouvel onglet), les toiles que l’école de Casablanca expose en 1969 sur la place Jemaa el-Fna associent l’esthétique du Bauhaus et du « hard-edge » new-yorkais à la longue tradition de l’abstraction dans l’art arabe. Notre article sur les artistes marocains contemporains présente leurs héritiers.
Le matériel pour une peinture abstraite à l’acrylique
L’acrylique est la peinture idéale pour débuter en abstraction : elle sèche vite en couche fine, se dilue et se nettoie à l’eau, et accepte tous les outils. Voici une liste pour une première toile.
- Support : une toile coton sur châssis de 50 × 60 cm ou 60 × 80 cm, déjà enduite ; du papier épais de 300 g/m² pour les esquisses et les essais.
- Couleurs : trois couleurs de votre choix, un blanc de titane et un noir. Prenez une acrylique épaisse (« heavy body ») si vous voulez travailler au couteau.
- Outils : deux ou trois brosses plates larges (n° 12 à 20), une brosse plate de 5 cm, un couteau à peindre en forme de goutte de 4 à 6 cm, une raclette ou une vieille carte en plastique, un petit rouleau en mousse.
- Médiums : un gel médium pour épaissir la peinture et faire des empâtements ; éventuellement une pâte de structure pour le relief.
- Divers : ruban de masquage, fusain ou crayon, vaporisateur d’eau pour garder la palette humide, chiffons, un téléphone pour photographier l’avancement.
Pour les outils moins classiques, éponges, raclettes, doigts ou coulage, notre article sur la peinture sans pinceau détaille chaque technique.
Comment faire un tableau abstrait : la méthode en 8 étapes
Une toile abstraite se construit comme une autre : de la masse au détail, du fond vers l’avant. Les durées indiquées valent pour une pièce entre 18 et 24 °C.
- Choisissez une intention. Une émotion (calme, colère), une musique, un souvenir de lieu, un mot. Notez-la au dos de la toile : elle guidera vos choix quand vous hésiterez.
- Limitez la palette. Trois couleurs plus le blanc suffisent. Deux couleurs complémentaires (bleu et orange, violet et jaune) donnent de l’énergie ; des couleurs voisines (bleu, vert, turquoise) donnent du calme.
- Faites trois esquisses de 10 × 12 cm au crayon ou au fusain, en noir et gris seulement. Placez-y les grandes masses claires et sombres. Gardez la meilleure.
- Peignez le fond. Couvrez toute la toile d’une couleur moyenne ou d’un dégradé libre, en couche fine. Elle sèche au toucher en quelques minutes : attendez qu’elle ne soit plus fraîche ni collante.
- Posez les grandes formes. Trois formes de tailles différentes, une grande, une moyenne, une petite, valent mieux que dix formes égales.
- Construisez par couches. Alternez couches couvrantes et couches transparentes (peinture diluée ou mélangée à du médium), grattez, essuyez, recouvrez en partie. Laissez des zones des couches précédentes visibles : c’est ce qui donne la profondeur.
- Reculez et retournez la toile. Regardez-la à trois mètres, puis tête en bas et sur le côté, comme le tableau posé sur le côté qui a frappé Kandinsky. Photographiez-la en noir et blanc : si tout est gris moyen, renforcez les clairs et les foncés.
- Ajoutez les accents et arrêtez-vous. Une ligne fine, une petite touche de couleur pure ou de blanc créent le point focal. Arrêtez dès que la toile tient : le tableau trop retravaillé est l’erreur la plus fréquente.
Laissez ensuite sécher. Le fabricant Golden recommande, pour des couches fines, d’attendre deux jours à une semaine avant de vernir, et une à deux semaines si la toile comporte des empâtements.
Composer un tableau abstrait : les règles qui aident
Sans sujet à représenter, c’est la composition qui tient le tableau. Ces repères ne sont pas des lois, mais ils évitent la plupart des toiles confuses.
| Effet recherché | Moyens plastiques |
|---|---|
| Calme | Lignes horizontales, couleurs voisines, faible contraste, grandes zones de repos |
| Énergie | Diagonales, couleurs complémentaires, gestes rapides, formes coupées par le bord |
| Profondeur | Glacis transparents, superpositions, couleurs chaudes devant et froides derrière |
| Unité | Une même couleur reprise à trois endroits, une forme répétée en plusieurs tailles |
| Point focal | Le contraste le plus fort de la toile, placé hors du centre, vers un tiers |
Trois exercices de peinture abstraite facile
Ces trois exercices se font sur papier épais ou petite toile, en une séance chacun. Ils entraînent les trois compétences de l’abstraction : la structure, la couleur et le geste.
Exercice 1 : la grille à la Mondrian
Tracez au crayon une grille irrégulière de lignes horizontales et verticales, puis posez du ruban de masquage le long des lignes. Peignez quelques rectangles en rouge, bleu et jaune, laissez les autres blancs, puis peignez les lignes en noir. Pour des bords nets, passez d’abord sur le bord du ruban une fine couche de la couleur du dessous : si elle s’infiltre, elle sera invisible. Retirez le ruban lentement, à plat, dès que la dernière couche est sèche au toucher. L’exercice apprend l’équilibre des surfaces : un petit carré de couleur pure peut peser autant qu’un grand rectangle blanc.
Exercice 2 : la composition musicale à la Kandinsky
Choisissez un morceau de musique et peignez pendant qu’il joue : des cercles pour les notes tenues, des lignes droites pour les rythmes, des points pour les sons brefs. Ne cherchez pas à « illustrer » la musique, laissez-la décider du rythme de la main. Le résultat est souvent désordonné ; recommencez en gardant seulement les trois formes les plus réussies.
Exercice 3 : le geste au couteau
Mélangez une acrylique épaisse avec un peu de gel médium. Prenez la peinture sur le dos du couteau, posez-la à plat et tirez d’un seul geste, sans revenir. Superposez deux ou trois couleurs sans les mélanger complètement, puis grattez à la pointe pour faire réapparaître les couches du dessous. Attention : d’après Golden, une couche épaisse peut mettre une journée ou plus à former une peau, et un empâtement très épais des mois à sécher à cœur.

Le coulage, ou « pouring », est une quatrième voie. Golden conseille de partir de dix parts de médium de coulage pour une part de peinture, de travailler sur une surface parfaitement plane, de ne jamais accélérer le séchage au sèche-cheveux ou au ventilateur, ce qui provoque des craquelures, et d’attendre au moins 72 heures avant une nouvelle coulée.
Les erreurs fréquentes du débutant
La plupart des premières toiles abstraites échouent pour les mêmes raisons, et toutes se corrigent.
Comment comprendre une peinture abstraite
Pour comprendre une peinture abstraite, cessez de chercher ce qu’elle représente et observez ce qu’elle fait. Quatre questions suffisent à engager le regard :
- Couleurs : lesquelles dominent, et quelle sensation produisent-elles, chaleur, froid, tension ?
- Formes et lignes : sont-elles géométriques ou souples, stables ou en mouvement ?
- Matière : la peinture est-elle lisse, épaisse, coulée, grattée ?
- Contexte : le titre, la date et le parcours de l’artiste éclairent souvent l’intention. Les Compositions de Kandinsky empruntent leur titre au vocabulaire musical.
C’est aussi le meilleur exercice pour progresser : regardez dix toiles abstraites en vous posant ces questions, puis appliquez la réponse qui vous plaît le plus à votre prochaine toile.
Après le premier tableau : prolonger et accrocher
Une fois la première toile finie, refaites-la. La deuxième version d’une même composition, avec une autre palette, apprend plus que trois sujets nouveaux. Vous pouvez aussi mêler peinture et papiers collés : notre article sur la technique mixte peinture et collage explique comment. Si vous préférez le contour net et les aplats, essayez le portrait pop art, qui repose sur les mêmes décisions de couleur.
Pour accrocher votre toile au bon endroit et à la bonne hauteur, appuyez-vous sur notre article sur la taille d’un tableau au-dessus d’un canapé. Et si l’abstraction vous plaît aussi en volume, nos statuettes pop art en résine la déclinent en trois dimensions.
Les lignes zébrées de la statuette Zèbre Bleu, les coulures de la statuette Splash ou les éclaboussures façon splash art du tableau Chimp Monkey Rebel montrent comment les gestes de l’abstraction, la rayure, la coulure, la projection, sont devenus un vocabulaire du pop art.
Dans cet article
Questions fréquentes
C’est quoi la peinture abstraite, en définition simple ?
La peinture abstraite est une peinture qui ne cherche pas à représenter des objets, des personnes ou des paysages reconnaissables. Elle utilise les formes, les couleurs, les lignes et les traces du geste pour créer une émotion ou un rythme. Un tableau de Mondrian, fait de lignes noires et de rectangles de couleurs primaires, en est un exemple simple.
Comment commencer une peinture abstraite quand on est débutant ?
Choisissez une intention (une émotion, une musique, un souvenir), limitez-vous à trois couleurs plus le blanc, et faites trois petites esquisses en noir et gris pour placer les grandes masses. Peignez ensuite le fond, posez trois formes de tailles différentes, construisez par couches et reculez souvent. Arrêtez-vous dès que le tableau tient.
Quel matériel pour faire un tableau abstrait à l’acrylique ?
Une toile de 50 × 60 cm, de la peinture acrylique (trois couleurs, du blanc et du noir), deux ou trois brosses plates larges, un couteau à peindre en forme de goutte, une raclette ou une vieille carte en plastique, du ruban de masquage, un vaporisateur d’eau et un gel médium pour épaissir la peinture.
Comment peindre un tableau abstrait au couteau ?
Utilisez une acrylique épaisse ou mélangée à du gel médium. Prenez la peinture sur le dos du couteau, posez-la à plat puis tirez d’un geste franc, sans revenir dessus. Superposez des couleurs sans les mélanger complètement, laissez des zones du fond visibles et grattez à la pointe pour faire réapparaître les couches inférieures. Les empâtements sèchent lentement : attendez avant de vernir.
Combien de temps sèche une peinture abstraite à l’acrylique ?
Une couche fine sèche au toucher en quelques minutes. Une couche épaisse peut mettre une journée ou plus à former une peau, et des empâtements très épais peuvent demander des mois pour sécher à cœur. Le fabricant Golden conseille d’attendre une à deux semaines avant de vernir une toile qui comporte des empâtements.
Comment comprendre une peinture abstraite ?
Ne cherchez pas ce qu’elle représente : regardez ce qu’elle fait. Observez les couleurs dominantes, les contrastes, les directions des lignes, la matière de la peinture et l’endroit où votre regard s’arrête. Lisez ensuite le titre et la date, qui situent souvent l’intention de l’artiste. Une toile abstraite se ressent avant de s’expliquer.
Qui sont les peintres abstraits marocains à connaître ?
Jilali Gharbaoui (1929-1971) est souvent présenté comme le premier peintre marocain à avoir choisi l’abstraction. Ahmed Cherkaoui (1934-1967) a construit une abstraction de signes. Mohamed Melehi (1936-2020), figure de l’école de Casablanca, est célèbre pour ses vagues colorées aux contours nets, un motif qu’il développe depuis les années 1960.
Sources
- Tate, « Abstract art » (glossaire) (nouvel onglet)
- Mathaf, Arab Museum of Modern Art, biographie de Mohammed Melehi (nouvel onglet)
- Guggenheim, exposition « Hilma af Klint: Paintings for the Future » (2018-2019) (nouvel onglet)
- Golden Artist Colors, « Drying : Technical Notes » (nouvel onglet)
- Golden Artist Colors, « Varnish Application Guidelines » (nouvel onglet)
- Golden Artist Colors, « Color Pouring Mediums, Gloss and Matte » (nouvel onglet)





