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Art numérique : définition, histoire, formes, artistes et NFT
L’art numérique, c’est quoi ? Définition, histoire depuis 1965, grandes formes, artistes connus, NFT et conseils pour débuter, avec des exemples précis.

L’essentiel
- L’art numérique regroupe les œuvres créées ou présentées avec des technologies numériques : ordinateur, logiciel, algorithme, tablette, écran ou réseau.
- Il naît en 1965 avec les premières expositions de dessins calculés par ordinateur, à Stuttgart puis à New York ; Vera Molnar s’y met en France dès 1968.
- Ses grandes formes sont l’art génératif, la vidéo, le net art, les installations immersives, la peinture sur tablette, la 3D, l’art produit avec l’IA et les NFT.
- En mars 2021, une œuvre NFT de Beeple a été vendue 69,3 millions de dollars chez Christie’s ; le marché des NFT s’est ensuite effondré, sans disparaître des musées.
- Pour débuter, une tablette et un logiciel gratuit comme Krita ou Blender suffisent ; l’essentiel est une pratique régulière.
Sommaire de l’article
L’art numérique désigne toutes les œuvres créées ou présentées à l’aide de technologies numériques : ordinateur, logiciel, algorithme, tablette, écran, réseau. Il est né au milieu des années 1960, avec les premiers dessins calculés par ordinateur, et couvre aujourd’hui l’art génératif, la vidéo, les installations immersives, le dessin sur tablette, la 3D, l’art produit avec l’IA et les NFT. Voici sa définition précise, son histoire, ses grandes formes, des exemples et des artistes, et ce qu’il reste de la vague des NFT.
Qu’est-ce que l’art numérique ?
L’art numérique est, selon le glossaire de la Tate (nouvel onglet), un art réalisé ou présenté au moyen de la technologie numérique. L’Encyclopædia Universalis, sous la plume d’Edmond Couchot, retient une définition voisine : tout art réalisé à l’aide de dispositifs numériques, ordinateurs, interfaces et réseaux. La définition est volontairement large : elle englobe l’œuvre calculée par un programme, l’image peinte sur une tablette, la vidéo projetée dans une salle ou l’installation qui réagit aux visiteurs.
Deux distinctions évitent les malentendus :
- Art numérique ou art numérisé : la photo d’un tableau peint à l’huile, mise en ligne, est une reproduction numérisée, pas une œuvre numérique. L’œuvre numérique, elle, n’existe que par le calcul, le logiciel ou l’écran.
- Art numérique ou art digital : c’est la même chose. « Digital » vient de l’anglais digit, le chiffre. En français, on dit plutôt numérique, et « dessin numérique » ou « digital painting » pour la peinture sur tablette.
Une œuvre numérique peut être immatérielle (un fichier, un programme, une vidéo) ou très matérielle : un tirage, une sculpture imprimée en 3D, une installation de plusieurs tonnes.
Histoire de l’art numérique
L’histoire de l’art numérique commence dans les laboratoires et les universités, quand des mathématiciens et des ingénieurs utilisent les premiers ordinateurs pour produire des images. Les artistes s’emparent ensuite de ces machines, puis de la vidéo, d’Internet et des écrans.
L’art numérique en dates
- 1963 Nam June Paik présente à la galerie Parnass de Wuppertal des téléviseurs dont il déforme l’image avec des aimants, l’un des actes fondateurs de l’art vidéo.
- 1965 Premières expositions de dessins par ordinateur, à Stuttgart avec Georg Nees en février, à New York avec A. Michael Noll et Béla Julesz en avril, de nouveau à Stuttgart avec Frieder Nake en novembre.
- 1968 L’exposition « Cybernetic Serendipity » à l’ICA de Londres fait découvrir l’art par ordinateur au grand public ; à Paris, Vera Molnar commence à dessiner avec un ordinateur.
- 1973 Harold Cohen baptise AARON son programme de dessin autonome.
- 1996 Olia Lialina publie en ligne My Boyfriend Came Back from the War, un classique du net art.
- 2004 Le Guggenheim de New York consacre une exposition à la conservation des œuvres numériques par émulation.
- 2018 Ouverture de l’Atelier des Lumières à Paris et de teamLab Borderless à Tokyo, lieux d’art immersif.
- 2021 Everydays : The First 5000 Days de Beeple est vendu 69,3 millions de dollars chez Christie’s.
- 2023 Le Centre Pompidou fait entrer dans ses collections dix-huit projets NFT de treize artistes.
Les pionniers
Les premiers artistes numériques étaient souvent des scientifiques. Georg Nees et Frieder Nake, en Allemagne, et A. Michael Noll, aux laboratoires Bell aux États-Unis, programment des dessins géométriques tracés par des tables traçantes. L’exposition « Cybernetic Serendipity », organisée par Jasia Reichardt à l’ICA de Londres du 2 août au 20 octobre 1968, montre ces recherches au grand public et attire environ 60 000 visiteurs.
Vera Molnar (1924-2023), peintre d’origine hongroise installée en France, est selon le Centre Pompidou la première artiste en France à produire des dessins numériques, dès 1968 : ses programmes font varier carrés et lignes, avec une petite dose de désordre. Le musée lui a consacré en 2024 l’exposition « Vera Molnar, Parler à l’œil » (nouvel onglet).
De la vidéo au web
Nam June Paik (1932-2006), artiste d’origine coréenne, fait de la télévision un matériau dès les années 1960. Son installation Electronic Superhighway (1995), mur de 51 canaux vidéo et de néons dessinant la carte des États-Unis, est conservée au Smithsonian American Art Museum (nouvel onglet), qui le présente comme le père de l’art vidéo. Dans les années 1990, le net art fait du navigateur un support : l’œuvre My Boyfriend Came Back from the War d’Olia Lialina (1996) raconte une rupture par une suite de pages et de cadres qui se divisent.
Les grandes formes de l’art numérique
L’art numérique se décline en plusieurs familles, qui se mélangent souvent dans une même œuvre. Ce tableau résume les principales, avec un exemple pour chacune.
| Forme | Principe | Exemple |
|---|---|---|
| Art algorithmique et génératif | Des règles écrites en code produisent l’image, avec une part de hasard | Les variations de carrés de Vera Molnar, dès 1968 |
| Art vidéo | L’image en mouvement, sur écran ou projetée | Nam June Paik, Electronic Superhighway, 1995 |
| Net art | L’œuvre existe dans le navigateur et le réseau | Olia Lialina, 1996 |
| Installation immersive | Projections et capteurs enveloppent le visiteur | teamLab, Tokyo |
| Réalité virtuelle et augmentée | Casque ou smartphone ajoutent une couche d’images au réel | Applications de musées |
| Dessin et peinture numériques | Tablette graphique, stylet et logiciel de peinture | Les dessins sur iPad de David Hockney |
| Art 3D | Modélisation de volumes, rendus, impression 3D | Sculptures et décors numériques |
| Art produit avec l’IA | Modèles entraînés sur des images existantes | Refik Anadol, Unsupervised, 2022 |
| NFT | Certificat de propriété d’un fichier, inscrit sur une blockchain | Beeple, 2021 |

La réalité augmentée est l’une des formes les plus accessibles : de nombreux musées proposent de pointer son smartphone vers une œuvre ou un monument pour faire apparaître une animation, une restitution ou un commentaire.
Quels artistes numériques connaître ?
Les artistes numériques les plus connus couvrent soixante ans d’histoire, des pionniers du calcul aux stars des écrans géants. Voici une sélection pour commencer.
- Vera Molnar (1924-2023) : pionnière de l’art algorithmique en France, connue pour ses variations de carrés.
- Nam June Paik (1932-2006) : père de l’art vidéo, auteur de murs d’écrans.
- Manfred Mohr (né en 1938) : son exposition de dessins calculés au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, en 1971, est la première exposition personnelle de ce type dans un musée.
- Harold Cohen (1928-2016) : créateur du programme de dessin AARON.
- Olia Lialina (née en 1971) : pionnière du net art.
- David Hockney (1937-2026) : le peintre britannique dessinait sur iPad depuis 2010 ; la Fondation Louis Vuitton a exposé ces dessins aux côtés de ses toiles en 2025.
- teamLab : collectif japonais fondé en 2001, auteur de salles immersives qui réagissent aux visiteurs ; son musée tokyoïte teamLab Planets a reçu en 2024 le titre Guinness du musée consacré à un seul groupe d’artistes le plus visité au monde.
- Refik Anadol (né en 1985) : installations génératives géantes nourries de données.
- Beeple (Mike Winkelmann, né en 1981) : il publie une image par jour depuis 2007, série qui a fait sa célébrité.
Au Maroc, le Festival international d’art vidéo de Casablanca, organisé par la faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’Sik, a fêté ses 25 ans en 2019 avec environ 180 participants venus de 20 pays, selon Hespress (nouvel onglet). Des artistes marocains comme Mounir Fatmi, né à Tanger en 1970, ou Hicham Berrada, né à Casablanca en 1986, ont fait de la vidéo et de l’installation le cœur de leur travail. Pour découvrir d’autres figures, lisez notre article sur les artistes marocains contemporains.
Art numérique et NFT : ce qu’il en reste
Un NFT (jeton non fongible) est un certificat numérique unique, inscrit sur une blockchain, qui atteste qu’une personne possède un fichier ou une œuvre numérique. Il ne contient pas l’œuvre elle-même, seulement un lien vers elle et l’historique de ses propriétaires.
Le 11 mars 2021, Christie’s vend Everydays : The First 5000 Days de Beeple, un collage de 5 000 images réalisées sur treize ans, pour 69 346 250 dollars. C’est la première œuvre purement numérique proposée par la maison, comme elle l’expliquait dans sa présentation de la vente (nouvel onglet). En décembre 2021, Merge, de l’artiste anonyme Pak, vendue en fragments à près de 29 000 acheteurs, totalise 91,8 millions de dollars.
Suivent la spéculation, puis l’effondrement. Selon le rapport Art Basel et UBS, les ventes de NFT d’art sont passées d’environ 2,9 milliards de dollars en 2021 à 1,2 milliard en 2023. Une étude de 2023, dont la méthode est contestée, estimait même que 95 % des collections de NFT ne valaient plus rien, comme l’a rapporté The Guardian (nouvel onglet).
Le bilan n’est pas nul pour autant. En septembre 2022, la blockchain Ethereum a changé de mode de validation (« The Merge »), réduisant sa consommation d’énergie de plus de 99 %. En février 2023, le Centre Pompidou a annoncé l’entrée dans ses collections de dix-huit projets de treize artistes, dont un CryptoPunk, présentés ensuite dans l’accrochage « NFT : poétiques de l’immatériel ». Les institutions reconnaissent désormais ces œuvres comme une page de l’histoire de l’art numérique.
Comment conserver une œuvre numérique ?
Une œuvre numérique vieillit plus vite qu’une toile : formats de fichiers, logiciels, écrans et ordinateurs deviennent obsolètes en quelques années. Les musées ont donc inventé des stratégies spécifiques.
- La migration : transférer régulièrement l’œuvre vers des formats et des supports récents.
- L’émulation : faire tourner l’ancien logiciel sur une machine moderne qui imite l’ancienne. Le Guggenheim, qui a lancé en 1999 une initiative sur les « médias variables », l’a mise à l’épreuve en 2004 dans l’exposition « Seeing Double ».
- La documentation : consigner les intentions de l’artiste, les réglages et le matériel, pour pouvoir réinstaller l’œuvre fidèlement.
- Le stockage du matériel d’origine : écrans cathodiques, projecteurs, ordinateurs d’époque.
Pour un collectionneur, cela signifie qu’une œuvre numérique s’achète avec ses fichiers sources, ses instructions d’installation et, idéalement, un engagement de l’artiste sur les mises à jour.
Comment débuter en art numérique ?
Pour débuter en art numérique, il suffit d’un ordinateur ou d’une tablette, d’un logiciel gratuit et de quelques heures de pratique régulière. Le choix dépend de la forme qui vous attire.
- Dessin et peinture numériques : une tablette graphique et Krita, logiciel libre et gratuit, ou un iPad avec Procreate, lancé en 2011. Notre article pour débuter en digital painting détaille l’équipement et les premiers exercices.
- 3D : Blender, logiciel libre et gratuit, permet de modéliser, sculpter et animer. Voyez notre article pour apprendre la modélisation 3D quand on débute.
- Art génératif : des environnements comme Processing ou p5.js permettent de dessiner avec quelques lignes de code, dans l’esprit de Vera Molnar.
- IA : les générateurs d’images ouvrent d’autres possibilités, avec des questions de droit propres que nous détaillons dans notre article sur l’art et l’intelligence artificielle.
Côté formation et débouchés, l’art numérique mène à l’illustration, au jeu vidéo, à l’animation, au design graphique, à la scénographie d’exposition et aux métiers de la conservation. Les écoles d’art et de design proposent des cursus spécialisés, au Maroc comme en Europe ; un portfolio régulier compte autant que le diplôme.
Du numérique au mur
L’art numérique ne reste pas toujours sur l’écran : beaucoup d’œuvres conçues sur ordinateur finissent imprimées et encadrées. Le tirage sur toile ou sur papier d’art donne alors un objet physique, à accrocher et à regarder longtemps. Notre article sur la différence entre tirage sur toile et tableau original explique ce que l’on achète vraiment.
Les tableaux de Venus Pop suivent ce chemin : des images pop art imprimées en tirage unique sur toile, puis montées dans un cadre baroque noir en bois massif fait main au Maroc. Sticker Mania, par exemple, mêle personnages de dessins animés, références manga et gaming dans un esprit de collage qui doit beaucoup à la culture des écrans.
Le langage graphique du numérique, aplats, formes géométriques et couleurs franches, se prolonge aussi dans l’objet. La statuette Abstrait Pop en reprend les codes en volume.
Pour prolonger la réflexion sur les écrans et la création, lisez notre article sur l’art et les réseaux sociaux, ou parcourez la collection de tableaux pop art et les statuettes pop art en résine.
Dans cet article
Questions fréquentes
C’est quoi l’art numérique ?
L’art numérique désigne toute œuvre réalisée ou présentée à l’aide de technologies numériques : ordinateur, logiciel, algorithme, tablette graphique, écran, réseau. Il comprend l’art génératif, l’art vidéo, le net art, les installations immersives, le dessin numérique, la 3D, l’art produit avec l’IA et les NFT. Une simple photo d’un tableau peint, mise en ligne, n’en fait pas partie : c’est une reproduction.
Quelle est la différence entre art numérique et art digital ?
Il n’y en a pas : « digital » vient de l’anglais digit, le chiffre, et désigne la même chose que « numérique ». En français, on parle plutôt d’art numérique, et de dessin numérique ou de digital painting pour la peinture réalisée sur tablette graphique avec un stylet et un logiciel.
Quels sont les artistes numériques les plus connus ?
Parmi les pionniers : Vera Molnar, Georg Nees, Frieder Nake, Manfred Mohr, Harold Cohen et Nam June Paik, père de l’art vidéo. Parmi les artistes plus récents : le collectif japonais teamLab, Refik Anadol, Beeple, célèbre pour sa vente de 2021, et David Hockney (1937-2026), qui dessinait sur iPad depuis 2010. Au Maroc, Mounir Fatmi et Hicham Berrada travaillent la vidéo et l’installation.
Qu’est-ce qu’un NFT en art ?
Un NFT, ou jeton non fongible, est un certificat numérique unique inscrit sur une blockchain. Il atteste qu’une personne possède un fichier ou une œuvre numérique et en garde l’historique des propriétaires. Il ne contient pas l’œuvre elle-même et, sauf contrat contraire, ne transfère pas les droits d’auteur : l’acheteur ne peut pas reproduire librement l’image.
Combien coûte une œuvre d’art NFT ?
Les prix vont de quelques dollars à plusieurs millions. Le record pour un NFT unique reste Everydays : The First 5000 Days de Beeple, vendu 69 346 250 dollars chez Christie’s en 2021. Depuis, le marché s’est effondré : selon le rapport Art Basel et UBS, les ventes de NFT d’art sont passées d’environ 2,9 milliards de dollars en 2021 à 1,2 milliard en 2023.
Comment débuter en art numérique ?
Choisissez d’abord une forme : dessin, 3D, art génératif ou vidéo. Pour le dessin, une tablette graphique et Krita, logiciel libre et gratuit, ou un iPad avec Procreate suffisent. Pour la 3D, Blender est gratuit. Pour l’art génératif, Processing ou p5.js permettent de dessiner avec du code. Pratiquez un peu chaque jour plutôt que longtemps de temps en temps.
Sources
- Tate, « Digital art » (glossaire) (nouvel onglet)
- Encyclopædia Universalis, « Art numérique », par Edmond Couchot (nouvel onglet)
- ICA, archives de l’exposition « Cybernetic Serendipity » (1968) (nouvel onglet)
- Christie’s, Beeple, « Everydays : The First 5000 Days » (résultat de la vente) (nouvel onglet)
- Centre Pompidou, « Le Centre Pompidou passe à l’heure NFT » (nouvel onglet)
- Guggenheim, « Seeing Double : Emulation in Theory and Practice » (2004) (nouvel onglet)




